05/04/2016

A qui profite le crime ?

Après « Wikileaks » et « Swissleaks » on découvre cette semaine un autre « leak », les « Panama-Papers », d’après un schéma dorénavant bien connu, celui du lanceur d’alerte repentant qui dévoile un secret qui, au fond, n’en est pas vraiment un.

Sous l’auspice d’un consortium indépendant de journalistes d’investigation plusieurs quotidiens de renom international décortiquent une magnitude de documents financiers concernant une pratique bien connue des avocats de ce pays, la création de sociétés « off-shore ». Combien de « leaks » ont filtré dans la presse sur le disfonctionnement du système financier international depuis la crise de 2008 ? Combien de milliards en amendes ont été payés par les banques jusqu’à récemment pour des agissements frauduleux ? Qu’est-ce qui a changé depuis 2008 ?

Le problème n’est pas que certaines affaires traitées par le cabinet d’avocats panaméen soient illégales, le problème est que la grande majorité de ces affaires sont légales. La stratégie de diversion des banques, qui a d’ailleurs fait ses preuves par le passé, fonctionne toujours. En réaffirmant la stricte légalité de ces transactions, ce qui est, dans la majorité des cas, probablement vrai, on esquive les questions qui fâchent, et pour les agissements de certains employés indélicats, on saura prendre les mesures adéquates.

On peut se poser la question pourquoi huit ans après la crise financière, dont l’économie souffre encore, rien n’a été entrepris pour réformer le secteur de la finance. Les grands titres, occupés du décorticage des données, s’empressent déjà de relativiser l’amplitude de l’affaire en soulignant que de nombreux cas concernent des périodes antérieures aux renforcement de la législation en matière de blanchiment d’argent et que « beaucoup a été fait depuis pour réformer la finance », le renforcement des contrôles par les autorités de surveillance, la signature de nombreux traités de double imposition, le renforcement des exigences en matière de fonds propres.

La presse fait partie du système et les journalistes en sont tributaires. Quelle magnifique initiative est le consortium ICIJ (International Consortium of Investigative Journalisme) qui chapeaute le décorticage des « Panama Papers » mais, pour un impact durable sur le système il en faut plus. La défection des lecteurs des grands titres de la presse internationale, sur l’opinion desquels s’appuie largement le grand public, a rendu vulnérable leur indépendance. De grands financiers aux intentions peu claires sont entrés en jeu, ce qui a indubitablement une influence sur le traitement de l’information. Ainsi, on se demande comment les médias détenus par l’homme d’affaires franco-israélien Patrick-Drahi, domicilié à Cologny, dont le nom est cité dans les documents panaméens, traiteront le sujet.

11:20 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

Ce qui me rassure dans tout ça, c'est que ma fille semble avoir fait le bon choix en se dirigeant vers le droit. Elle aura toujours du boulot.

Écrit par : Pierre Jenni | 05/04/2016

@ M Pierre Jenni :

Du boulot, sans doute, esclave des gens fortunés, mais un salaire, cela reste à discuter. Pourquoi la payer ?

Écrit par : Pana | 05/04/2016

@Monsieur Hubacher Ce qui m'étonne le plus c'est alors que tout le monde ou presque sait que les sectes ne payent pas d'impôts préférant les édifices de pierre comme ceux de notre patrimoine en -France ou ailleurs ,c'est à dire les Châteaux ou autres demeures prestigieuses ,on dénonce ce qui se sait depuis longtemps et de suite dés que FR3 a programmé son téléfilm ,Les Diaboliques
Etranges coïncidences tout de même !

Écrit par : lovejoie | 08/04/2016

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