28/01/2016

Follow the money !

L’argent est la source et la solution des problèmes dont souffre le monde.

Aussi pathétique que cette affirmation puisse paraître, elle correspond, objectivement, à la réalité. Les citoyens semblent accepter fatalement certaines réalités, particulièrement en matière de finances publiques et de prestations sociales, qu'ils pourraient changer en tant qu'électeurs.

http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2015/12/03/la-dette-... 

Nous vivons dans une société ouverte et disposons d'un accès libre à l’information sans précédent. Toutefois, on a l’impression que le public a rarement été aussi mal informé. Il lit, dans la presse, que l'état manque d'argent et doit réduire ses prestations, et que c'est la faute à la dette. Il voit les entreprises délocaliser parce que les actionnaires gagnent plus en Hongrie et le conseil fédéral qui regrette, mais comprend. Il constate que le chômage augmente parce que les salaires sont trop élevés en comparaison internationale. Cela arrange ceux qui profitent du statu quo. « There is no alternative » disait la premier ministre britannique Margaret Thatcher il y a trente ans or il suffit de consulter internet pour constater que « There is ». Des changements de paradigme s’annoncent, notamment aux Etats-Unis, mais aussi au Canada, en Grande-Bretagne, en Espagne et au Portugal, mais, la presse de ce pays ne s’en est pas encore aperçue.

Ou peut-être que si ? Cette semaine le quotidien zurichois « Tagesanzeiger », qui commence à se montrer soudainement plus combatif (que lui arrive donc ?), publie un article sur les placements de la Banque Nationale Suisse, notre manufacture de CHF à nous, sous le titre « Umstrittene Investitionen der Nationalbank ».

On sait que la BNS détient une grande quantité de monnaies étrangères, notamment en euros, qu’elle a amassé  dans un effort désespéré de maintenir une parité de change définie. Elle devrait d’ailleurs continuer à le faire, car, selon l’économiste Joseph Stiglitz, la conséquence de ces interventions, l’augmentation du bilan, ne pose pas problème.

D'après les « Directives générales de la Banque nationale suisse (BNS) sur la politique de placement » sur son site internet http://www.snb.ch/fr/ la BNS est autorisé d’investir une partie de ses réserves en actions.

« 3.2 Actions

…de même, elle renonce à investir dans des entreprises qui produisent des armes prohibées par la communauté internationale, qui violent massivement des droits humains fondamentaux ou qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement. »

Le « Tagesanzeiger » base son article sur le rapport annuel de la fondation PAX « Don’t bank on the bomb » qui révèle que la BNS a investi en 2015 CHF 600 mio dans 14 sociétés qui produisent des armes nucléaires, tendance à la hausse, dont les américains « Northrop », « Grumman » et « Raytheaon ». Les investissements d’UBS et Crédit Suisse dans ce domaine s’élèvent à USD 5,1 mia et USD 1,4 mia respectivement.

En réponse à une lettre ouverte, adressée au conseil de surveillance de la BNS par le groupement GSoA (Suisse sans armée), celui-ci affirme que « ses décisions d’investissement se basent sur l’analyse de sociétés de conseils externes » sans préciser lesquels et d’après quels critères. Conclusion: L’argent que la BNS et les banque privées, telles qu’UBS et Crédit Suisse, fabriquent du néant, avec la bénédiction de l’état, peut en effet servir à des fins destructives ou constructives.

La politique d'investissement de la Banque Nationale Suisse est en fin de compte aussi un choix politique. Faisons de la politique fiction: Le législateur suisse change les « Directives générales de la Banque nationale suisse (BNS) sur la politique de placement » et lui donne le mandat de recycler les EUR que la Banque Centrale Européenne déverse sur les marchés, dans sa tentative désespérée de relancer l’économie et de créer un peu d’inflation dans l'économie réelle. Elle décrète que la partie des réserves en euros, réservés aux investissements en actions, soient réinvesti exclusivement en Europe d’après le modèle de la Banque Européenne d'Investissement, une institution financière, presqu'oubliée, des états membres de l’Union Européenne, créé en 1957 avec le « Traité de Rome ». Son but est le financement de  « projets » au sein de la « Union Européenne ». En 1994, la BEI crée le « Fond Européen d’Investissement » spécialisé dans « l’amélioration de la croissance économique, la réduction du chômage dans l’Union Européenne et le soutient des PME par l’apport de fonds propres à des fonds de capital-risque ».

Seul problème, la BEI n'a rien vu de cette manne que les banques on profitablement réinvestie en obligations gouvernementales, grecs, par exemple, à 10% p.a.. Il faut dire qu'avec ses 450 projets financés en 2011 avec des prêts de 61 mia euros, la BEI est une coquille vide. Rien que la Banque Nationale Suisse est autorisée d’investir 90 mia CHF en actions étrangères.

Au lieu de se focaliser sur les traités bilatéraux seulement, la Suisse, pourrait contribuer ainsi à une relance économique en Europe et, indirectement à un stabilisation de l'euro, ce qui serait dans l'intérêt de son industrie exportatrice. Avec ses 500 mio de consommateurs, la santé économique de l'Union Européenne est intrinsèquement liée à celle de la Suisse.

10:02 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Excellent !

Écrit par : Pierre Jenni | 29/01/2016

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