25/01/2016

Blackstone vs Bernie Sanders


Emmitouflé dans une épaisse couverture Stephen A. Schwarzman, patron et co-fondateur de la banque d’investissement « The Blackstone Group », née des décombres de la tristement célèbre banque d’affaires « Lehman Brothers », accorde une interview aux journalistes du WSJ et Bloomberg sur une terrasse du « World Economic Forum ». Sur une question concernant les récentes turbulences sur les marchés financiers, M. Schwarzman y voit trois raisons : « Premièrement, il y a des craintes concernant la Chine où les salaires augmentent et le nombre d’emplois créés est en hausse de 14 mio l’année passée. En outre, il y a bien-sûr l’instabilité sur le plan géopolitique et l’immigration massive en Europe. Mais, la troisième raison, et non la moindre, est une possible victoire du sénateur Bernie Sanders aux élections primaires du parti démocrate et le fait qu’aucun candidat crédible émerge du côté du parti républicain. » Il relativise : « Vous savez, pour nous, ces élections (démocrates) dans l’état de l’Iowa et New Hampshire sont des élections locales, rien de plus. Mais pour le reste du monde, c’est une élection globale et il y a un souci généralisé que l’Amérique pourrait faire le mauvais choix. »

 

Ce n’est donc pas un hasard que le vice- président américain Joe Biden a présenté cette semaine son « plan de rescousse pour la classe moyenne en cinq points », également au « World Economic Forum » à Davos. Il annonce « des mesures pour la formation professionnelle, une meilleure protection des employés, davantage d’investissements dans l’infrastructure, plus de capital pour les entreprises, des impôts progressives plus élevés ». Sans surprise, la réforme du secteur bancaire est la grande absente de son programme.

 

Le « Huffington Post » chiffre le coût du sauvetage des banques américaines en 2008 pour le contribuable à 12’800 mia USD et le total (inclus les garanties) à 29'000 mia USD. Au même moment que la banque d’affaires JP Morgan recevait un renflouement d’USD 391 mia, son PDG Jamie Diamond, siégeait simultanément au conseil d’administration de la « Banque Fédérale de New York ». Pourtant, aucun des candidats aux primaires n’ose s’attaquer au secteur bancaire, à l’exception du sénateur Bernie Sanders qui, lors d’un récent discours à New York, a présenté son plan de réforme.

 

Il s’y engage pour la réintroduction du « Glass Steagall Act » de 1933, aboli définitivement par le président Clinton en 1998, une loi qui prévoyait la séparation des domaines « banque de dépôts » et « banque d’affaires ». Il s’attaquerait à une profonde réforme de la Réserve Fédérale, la banque centrale américaine, pour la rendre plus démocratique ,et il introduirait une taxe sur les transactions financières qui servirait au financement du budget de l’éducation et permettrait l’abolition du système injuste des « student loans », système avec lequel l’état américain gagne chaque année des sommes astronomiques sur le dos des étudiants, grâce au faible coût de refinancement du trésor public.

 

A ce sujet, on apprend cette semaine que l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale) à Lausanne se voit contraint de doubler ses frais d’étude en raison de mesures d’économies de la Confédération. Celle-ci veut réduire son budget d’éducation et de formation de CHF 500 mio entre 2017 et 2019. Le directeur de l’EPFL, Patrick Aebischer constate, qu’en 15 ans « il n’a jamais vécu une période aussi difficile pour l’éducation. » D’autre part, le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann constate dans son allocution au « World Economic Forum » à Davos, je cite : « L’économie a besoin d’un niveau élevé de formation et d’innovation, d’une bonne infrastructure et d’une bonne sécurité sociale » fin de citation. Peut-être les différentes manifestations de l’éducation publique ces derniers mois dans plusieurs cantons ne sont pas totalement dépourvues de fondement.

 

Un autre volet de la proposition de réforme du sénateur Sanders concerne la responsabilité sur le plan pénal de certains dirigeants de banques dont les fautes graves commises n’ont eu jusqu’ici que des conséquences financières. Goldman Sachs a payé une amende de USD 5 mia pour les agissements dans la crise des « subprimes » en 2008, mais Lloyd Blankfein est toujours à la tête de la banque. Le même problème subsiste également en Europe.

 

En 2008, l’opérateur de marché, Jérôme Kerviel, avait causé à la Société Générale une perte de près de EU 5 mia en spéculant sur des contrats à terme d’une valeur de EU 50 mia. La cour l’avait condamné à cinq ans de prison pour abus de confiance et par la même occasion innocenté la banque. La conséquence de ce jugement s’était avérée très coûteuse pour le contribuable français, car la loi obligeait l’état à verser à la Société Générale la somme de EU 2,2 mia en 2009 et 2010 « au titre d’un régime fiscal accordé aux entreprises déficitaires et victimes de fraude » (Le Monde 18.01.2016).

 

En 2011, le « trader » Kweku Adoboli était condamné à 7 ans de prison par une cour anglaise pour avoir causé à son employeur, l’UBS, une perte d’USD 2,3 mia . La FINMA avait constaté à l’époque de « graves dysfonctionnements » en matière de surveillance, dysfonctionnements qui s’étaient déjà produits dans la banque de façon presqu’identique aux Etats-Unis deux ans auparavant.

 

Le 11 janvier de cette année s’est ouvert le procès contre 11 « ex-traders » des banques Barclays, Deutsche Bank et Société Générale, encore elle, pour manipulation d’un taux interbancaire, l’EURIBOR. Un autre ex-employé de Citigroup et UBS, encore elle, avait déjà été condamné l’année passée à 11 ans de prison pour les mêmes faits. Selon le Wall Street Journal les échanges dépendant des taux LIBOR et EURIBOR atteignent la somme astronomique de USD 600'000 mia (RFI 11.01.2016)

 

Signe avant-coureur encourageant d’un changement de paradigme, un groupe de 170 économistes éminents a soutenu publiquement les propositions du sénateur Sanders, dont Robert Reich, ancien secrétaire au travail sous l’administration Clinton, James K. Galbraith (fils du célèbre économiste John Kenneth Galbraith), Dean Baker du « Center for Economic and Policy Research », Rober Hocket de l’université « Cornell ».

http://www.bloomberg.com/politics/trackers/2016-01-14/san...

08:52 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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