30/12/2015

Chronique d'une régression annoncée

Les suisses semblent las de leur démocratie. Pétrifiés dans leur confort, les électeurs « baby-boom » votent pour le statu quo néolibéral, et la génération Y ne s’intéresse pas à la politique. C’est tout de même remarquable. La tranche de la population qui est le plus concernée par l’issu des élections parlementaires ne se déplace pas aux urnes. Pourtant, comparé aux autres pays européens, nous avons certainement, encore, le système démocratique le plus juste. Que la jeunesse européenne se détourne de la politique se comprend. Leurs démocraties sont épuisées, rongées par la corruption et le clientélisme. Ce n’est tout de même pas le cas en Suisse.

Etrangement, les électeurs de ce pays, ceux qui votent encore, continuent à se cramponnent à une politique néolibérale qui, en Europe, commence à montrer les premiers signes de craquèlement. Pas très avant-garde, la Suisse. En Angleterre, contre toute attente, les électeurs du parti labour ont élu un président, Jeremy Corbyn, qui s’oppose à la politique d’austérité. En Allemagne, le président du SPD, Sigmar Gabriel, vient de subir un vote sanction sévère lors de sa réélection. Au mois d’octobre, la droite portugaise a perdu la majorité au parlement et, au mois de décembre, la droite espagnole a perdu la sienne, avec l’arrivée de deux nouveaux partis, « Podemos » et « Ciudanos ». Même aux Etats-Unis, en « phase terminale » de néolibéralisme, la résistance commence à se faire sentir. Le candidat indépendant aux élections primaires démocrates, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, un socialiste déclaré, talonne l’ancienne secrétaire d’état dans les sondages.

L’actuelle configuration du paysage politique représente une belle occasion pour le PS Suisse et la gauche de préparer un changement de paradigme nécessaire, à commencer par l’ouverture d’un débat de fond sur un modèle de société différent de celui qui nous est proposé actuellement. Comme la droite n’aura pas la volonté politique de réformer le capitalisme, c’est la gauche qui doit s’y atteler. Il faut mettre les éternelles discussions stériles de budget et de dette publique dans un contexte, compréhensible pour tous. Pour résoudre les problèmes qui préoccupent, il faut faire des choix politiques, rien d’autre. Pour pouvoir choisir, il faut connaître les options.  

Pour commencer, la dette publique en Suisse n’est pas un problème, même pas à Genève. Admettons qu’il y aurait urgence de la réduire, à Genève par exemple. Trois possibilités : augmenter les impôts, baisser les dépenses, vendre des biens de l’état. Commençons par la moins bonne, baisser les dépenses. Avec un budget de CHF 8 mia, les économies annuelles possibles ne dépasseraient guère les CHF 200 mio par année. C’est ce que l’état paie actuellement chaque année en intérêts, et cela encore pour quelques années. Après, il pourra probablement se refinancer à proche de zéro %. Avec une dette de CHF 13 mia, on imagine l’horizon temporel de politique d’austérité. Il faut cesser de comparer le budget d’un état avec la comptabilité d’une entreprise, cela n’a rien à voir. Les dépenses de l’état ne sont pas des dépenses mais des investissements, raison pour laquelle, actuellement, l’effet global pour l’économie d’une politique d’austérité est plutôt une catastrophe. Pour le contrôle de l’utilisation efficace des deniers publics, il y a la cour des comptes. Entre l’état, les ménages et les entreprises, il faut bien que quelqu’un investisse. En ce moment aucun des trois acteurs ne le fait. C’est une réalité qu’on observe à travers toute l’Europe. Chaque pays, chaque commune économise. Les entreprises et les banques amassent des fortunes colossales, dont ils ne savent que faire, faute de confiance. Les ménages privés économisent pour leur retraite, en investissant dans toutes sortes de produits financiers qui contribuent au gonflement d’une bulle financière qui finira par éclater à nouveau, comme en 2008. La vraie dangerosité de cette situation est dans l’uniformité de l’opinion, l’ignorance du public et le manque criant de débat.

Pour revenir à la dette publique et les solutions pour la réduire, parlons de la vente de biens par l’état. Il y a une effectivement une tendance dans les pays européens de réduire la dette de l’état par la vente de biens culturels. Quelques exemples : « L’Hôtel de la Marine », un bâtiment emblématique situé « Place de la Concorde » à Paris se trouvait sur la liste des objets à vendre de l’organisme chargé de la gestion du patrimoine français. L’état du Quatar était parmi les intéressés. C‘est seulement grâce à l’intervention d’une initiative citoyenne que cette vente avait été empêchée. Le « Colisée » de Rome est actuellement rénové par la marque de chaussures « Tod’s », car l’état italien n’a pas les moyens. L’état irlandais, dont les finances publiques s’étaient dangereusement détériorées suite à la crise financière de 2008, s’apprêtait à confier la gestion de l’ensemble de son patrimoine forestier à une société privée. Ce projet avait été empêché grâce à des citoyens vigilants. La gestion de 14 aéroports grecs vient d’être cédée à la société allemande Fraport.

Troisième solution : les impôts. Une affirmation, largement acceptée par la doctrine nèolibérale, prétend que l’impôt tue l’investissement. C’est le milliardaire américain, Warren Buffet, qui la contredit. « Si un investissement est prometteur, ce ne sont pas les impôts qui m’empêcheraient de le faire. » En outre, Monsieur Buffet s’étonne que sa secrétaire paie un taux d’impôt plus élevé que lui. Dans ce contexte, non seulement de justice fiscale, mais surtout d’efficacité fiscale on pourrait analyser la révision de l’imposition des entreprises. Plutôt que de se chamailler pour ou contre la suppression d’une crèche ou une subvention de la « confrérie des vignerons » on pourrait se poser la question si, par exemple, le favoritisme en faveur des sociétés multinationales est encore un modèle d’avenir ou s’il ne faudrait pas plutôt diversifier quelque peu le modèle économique, en faveur de la création d’entreprise, dans le domaine de la transition énergétique, par exemple. Les niches fiscales pour les sociétés multinationales sont en train de disparaître et la volonté d’une harmonisation au niveau européen se fait sentir de plus en plus. En outre, le secteur de la finance, dont Genève dépend trop, n’est plus un domaine de croissance. La déclaration du nouveau patron du Crédit Suisse de vouloir investir davantage en Suisse est un coup de pub. Par quoi pourrait-on remplacer les rentrées fiscales des banques et des multinationales ? Voilà une question qui pourrait occuper les esprits. Ce n’est pas avec la réduction du budget de la formation qu’on va répondre à ce genre de question. Il faut repenser le système économique. La Suisse a les moyens de le faire, Genève a les moyens de le faire.

13:33 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

16/12/2015

Avec les coupes budgétaires, droit dans le mur !

 

Le pluralisme suisse a pris un coup ce 18 octobre 2015. Pendant que l’Europe est à feu et à sang, les électeurs de ce pays ont décidé de donner carte blanche à la droite, qui a la ferme intention d’appliquer les mêmes recettes que nos voisins, le démantèlement de l’état social et la baisse des salaires, avec les conséquences prévisibles pour l’économie et l’emploi. Le suisse, une espèce plutôt docile, apprécie la paix sociale et accepte certains sacrifices pour la conserver. Mais il y a des limites ! C’est donc une première en Suisse que la fonction publique descend dans la rue en masse, à Genève, mais aussi dans d’autres cantons. On apprend cette semaine que la dernière collecte de la « Chaîne du Bonheur » va aux « jeunes en rupture en Suisse », juste après que le canton de Vaud, et d’autres, veulent économiser CHF 7 à 8 millions d’aide sociale destinée aux jeunes en difficultés, sur le dos des parents. L’idée vient d’un socialiste, Pierre-Yves Maillard. Habituellement les collectes des œuvres de charité vont à l’étranger, pas cette année, il paraît. La délocalisation de l’usine Tetra Pak en Hongrie où les coûts salariaux sont une fraction du niveau suisse est un avant-goût d’une politique de droite sans contre-pouvoir.

On a appris, la semaine passée, que la chancelière allemande, Angela Merkel, était élue personnalité de l’année 2015 par le magazine américain "Time". Quel rapport avec la grève de la fonction publique ? Vous allez voir ! Cette nomination est le comble du cynisme, mais toute la presse a applaudi, pas une fausse note. Pourtant, cette girouette de politicienne a mené l’Europe au bord du précipice avec sa politique économique, dictée par l’industrie et la finance allemande. Elle ne fait rien d’autre que de perpétuer les recettes de Margaret Thatcher, qui, au moins, avait des convictions, même si elles étaient mauvaises. En outre, la presse, encore elle, dans son unanimité, loue l’empathie dont ferait preuve la chancelière dans la question des réfugiés. Ce n’est pas de la philanthropie. L’industrie allemande a tout simplement besoin d’une main d’œuvre qualifiée et payée au lance-pierres pour son export. Dans cette question aussi, Madame Merkel, en tant que « leader européen » navigue à vue, sans aucune stratégie, mais qu’importe.  

Pour comprendre ce qui se passe en Europe et, ce qui se passera, par ricochet, en Suisse, à la suite des élections du 18 octobre 2015, et pourquoi l’Allemagne, la puissance en Europe, est un mauvais exemple en matière d’économie. il faut revenir quelques années en arrière, au début de l’ère de l’ex chancelier, le socialiste Gerhard Schröder. Le ministre des finances, et malheureux candidat à la chancellerie, de l’époque, s’appelait Oscar Lafontaine, socialiste, lui aussi. Avec son secrétaire d’état à l’économie, le professeur Dr. Heiner Flassbeck, Oscar Lafontaine oeuvra, avec le ministre des finances français de l’époque, Dominique Strauss-Kahn, à l’établissement, en Europe, d’une politique économique et monétaire keynésienne. Mais, le chancelier Gerhard Schröder préféra la voie néolibérale de « New Labour » du britannique Tony Blair, dans la droite ligne de Margaret Thatcher. Par conséquent, Oscar Lafontaine démissionna et le professeur Flassbeck changea à l’UNCTAD à Genève « United Nations Conference on Trade and Development «  en tant qu’économiste en chef jusqu’en 2013. Il continue à donner de nombreuses conférences dans les universités européennes pour avertir le public contre le danger d’une poursuite de cette politique économique allemande, désastreuse pour l’Europe et la Suisse.

Un des points centraux de la théorie néolibérale et monétariste est l’hypothèse que le prix de la main d’œuvre (salaires) fonctionne comme le prix des patates. Plus le prix des patates est bas, plus la demande augmente, ce qui fera monter son prix éventuellement. Exprimé en termes de salaire, cela voudrait dire que, plus les salaires sont bas, plus la demande en main d’œuvre augmenterait, ce qui ferait monter les salaires éventuellement et le chômage baisserait. En Allemagne les salaires ont commencé à baisser en l’an 2000 au point que

  • 40% des salariés allemands gagnent EU 2'000 euro brut par mois. Les cotisations sociales s’élèvent à 20%-
  • 25% des salariés gagnent moins que EU 700 net par mois.
  • 20% des salariés travaillent pour EU 4 l’heure.
  • 6 mio de salariés sont à l’assistance sociale (Hartz IV), ce qui représente EU 400 cash et EU 300 par mois pour se loger.
  • 1,4 mio de personnes qui travaillent ont droit à l’assistance sociale (Hartz IV) car leur salaire est en dessous du minimum vital (4 EU l’heure)
  • 1 mio d’emplois sont externalisés par les grandes entreprises avec comme conséquence une baisse de salaire de 30%.

Cette perte de pouvoir d’achat des consommateurs allemands a des répercussions néfastes pour l’économie domestique mais permet aux grands groupes exportateurs de rester concurrentiels sur le marché mondial. Ce dumping salarial est particulièrement désastreux pour les partenaires européens, car cela oblige les autres pays européens de baisser les salaires à leur tour, ce qui mène à une spirale à la baisse.

En Suisse, les salaires n’ont pas baissé, mais stagné depuis 1994. Pendant ce temps, le produit intérieur brut a augmenté de 70% et la productivité de 50%. Qui a récolté les fruits de cet effort ? En tout cas pas les salariés. Au niveau mondial, les salaires entre 1980 et aujourd’hui ont baissé, en termes réels, de 7% et on peut partir du principe que les gains de productivité ont été similaires à ceux de la Suisse. Contrairement au dogme néolibéral, en vigueur depuis trente ans, cela n’a pas fait baisser le chômage, mais augmenter. En Europe, le taux de chômage moyen est aux alentours de 11% depuis 15 ans. En outre, le monétarisme prêche une régulation de l’économie réelle et l’inflation par le taux d’intérêt et l’approvisionnement de liquidités par la banque centrale. Actuellement, il n’y a pas d’inflation, nous avons une déflation, et les taux d’intérêt moyens, au niveau mondial, ont baissé de 16% en 1980 à zéro en 2015 et il n’y a pas de croissance en Europe.

D’après le professeur Flassbeck il y a là une erreur fondamentale dans cette politique économique et monétaire, menée depuis 20 ans en Europe, dans le sens que l’inflation n’est pas produite par l’approvisionnement de liquidités mais par les coûts salariaux unitaires. Quand les salaires unitaires nominaux augmentent de 5 unités et la productivité de 3 unités, l’inflation et de 2 unités (salaire unitaire moins productivité). Il prend comme exemple l’union monétaire, l’euro. A sa création, la banque centrale européenne a suggéré un taux d‘inflation constant de 2% par année pour tous les pays membres, et si tous les pays s’y avaient tenus, l’Europe ne connaîtrait pas la crise actuelle. Mais, aucun pays ne s’y est tenu, à l’exception de la France. La France a des coûts salariaux unitaires parfaitement adaptés à son potentiel, mais elle est pénalisée par un écart de prix de ses produits en sa défaveur vis-à-vis des produits allemands de 15%. L’Allemagne fait de la sous-enchère salariale, comme nous l’avons vu, depuis l’an 2000, ce qui a créé un avantage compétitif en sa faveur, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier, car les produits français et ceux des autres pays européens ne peuvent, à ces conditions, pas concurrencer les produits allemands, en Europe, en Chine ou ailleurs. Quant aux pays européens du su sud, tels que l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce, leurs coûts salariaux unitaires étaient constamment en dessus de leur potentiel. Le résultat est, qu’ils s’endettent constamment envers l’Allemagne depuis plus de 15 ans pour pouvoir importer ses produits, sans pouvoir exporter à des prix compétitifs. L’Allemagne exige alors de tous les pays européens, inclus la France (lois Macron) de baisser les salaires pour devenir compétitifs, ce que la Grèce a finalement fait, en baissant ses salaires de 30%, ce qui a provoqué la crise économique la plus aiguë depuis la fin de la guerre et a fait monter le chômage en flèche, contrairement à la théorie prédominante, voir ci-dessus, qui dit, quand les salaires baissent, les entreprises embauchent.

Quelle est la solution ? Il faut augmenter les salaires réels pour créer du pouvoir d’achat, ce qui en résultera, seront des rentrées fiscales qui permettront à l’état de faire les investissements nécessaires pour les vrais défis qui l’attendent, la transition énergétique, la formation, la recherche, la création d’emplois. Dans un deuxième temps, il faut, pour réduire la dette, taxer le capital, pour qu’il reverse une partie des gains indûment touchés depuis près de trente ans (crise financière et bancaire, répartition des gains de productivité).

Avis aux grévistes de la fonction publique : tenez bon !

10:10 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

03/12/2015

La dette publique n'est pas un problème!

Selon une étude du professeur Ueli Mäder de l’université de Bâle, la fortune des 300 personnes les plus riches en Suisse a augmenté de CHF 80 mia en 1989 à CHF 589 mia en 2014. La dette publique de la Confédération est actuellement autour de CHF 220 mia (confédération, cantons, communes et assurances sociales). Le ratio PIB vs dette, si cher aux économistes, est de 35%, alors que dans la plupart des pays européens elle s’approche de 100%

L’affreux spectre de la dette, agité avec véhémence par les milieux économiques (pas tous) et les médias (pas tous non plus), détourne l’attention du public intentionnellement du vrai sujet. La répartition des richesses. Prenons nos 300 citoyens dont chacun dispose d’un droit de vote (pour autant qu’ils soient suisses) et les 5,2 mio d’électeurs enregistrés. Les électeurs voteraient pour l’introduction d’un impôt sur la fortune de 5%, limité dans le temps, disons 10 ans. Au bout de 10 ans, nos 300 citoyens garderaient CHF 350 mia plus le rendement moyen sur capital, qui dépasse largement les 5% par année, et la dette de la confédération (confédération, cantons et communes) serait presque effacée.. La dette des uns est la fortune des autres.

Les intérêts ! Vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous payez un intérêt sur un crédit ? Quand vous allez chez le médecin ou vous consultez un avocat, vous le payez pour le service rendu et on vous facture un certain nombre d’heures. Et la banque ? Elle gagne une commission sur une somme d’argent qui n’existe pas, plus grosse la somme, plus gros son salaire. Son travail reste le même. Convertissez cela en taux horaire !

D’où vient l’argent ? C’est l’état qui a le droit de le fabriquer. Il détient le monopole de la création d’argent. On se demande alors, pourquoi il a besoin de s’endetter, s’il a le droit de fabriquer l’argent lui-même. Parce que les experts lui ont dit, que la tentation serait trop grande de tout simplement imprimer des sous et ainsi crée de l’inflation. L’inflation, l’autre spectre, agité par les banquiers et les experts. Quand il y a trop d’argent qui chasse trop peu de biens, les prix montent, ce qui crée l’inflation. L’état s’est donc laissé convaincre et a cédé ce droit exclusif à la banque nationale qu’il a créée à cet effet. Il lui reste le droit d’élire son président et de poser quelques questions, mais c’est tout. La banque nationale est une banque privée qui paye un dividende de 6% p.a. à ses actionnaires. (La majorité des actions de la Banque Nationale Suisse sont en mains d’entités publiques (55%) et deux tiers des bénéfices sont distribuées aux cantons). Ce n’est pas le cas de la banque centrale américaine, la plus puissante de la planète et dont la politique monétaire a une influence directe sur presque toutes les économies du monde.

Voici un extrait du site internet officiel du système américain de la réserve fédérale, sur la question de la propriété du plus grand « fabricant d’argent »:

« Le système de la réserve fédérale remplit sa mission publique en tant qu’entité indépendante à l’intérieur du gouvernement américain. Ce n’est pas une entreprise privée et sa mission n’est pas de générer un profit. »

« Les 12 banques membres régionales du système de la réserve fédérale, nommées par le congrès américain en tant que branche exécutive du système national de la réserve fédérale, sont organisées de façon similaire à des entreprises privées – ceci prête à confusion au sujet du terme « propriété privée ». Par exemple, les banques du système de la réserve fédérale émettent des actions à l’intention des banques (privées). Toutefois, posséder des actions de la réserve fédérale n’est pas la même chose que posséder des actions dans une entreprise privée. Les banques de la réserve fédérale ne sont pas censées faire du bénéfice, et, être propriétaire d’un certain nombre d’actions est la condition légale pour obtenir l’adhésion (d’une banque privée) au système de la réserve fédérale Ces actions ne peuvent ni être vendues, ni être mises en gage pour obtenir un crédit. En outre, la loi stipule que le dividende, payé à ses membres, doit être de 6% par année. »

Donc, nous retenons ici la notion « d’institution publique » et de « non-profitabilité » et relevons la contradiction avec le principe de l’actionnariat et le rendement légal de 6% par année pour les actionnaires.

Quand l’état a besoin de fonds pour financer son ménage, il est obligé de faire appel aux banques privées, pas à la banque centrale. Encore une curiosité du système. Pourquoi les pouvoirs publics ne devraient-ils pas pouvoir se financer auprès de la Banque Nationale Suisse directement? Les banques, agissant en tant qu’intermédiaire, touchent une commission, ou différentiel d’intérêt, sur les obligations que l’état émet à cette occasion, et dont une partie elles déposent à la banque nationale pour obtenir du cash. Ce cash est généré par la banque nationale à l’aide d’un « clic de souris ». C’est comme cela qu’elle crée ce qu’on appelle la monnaie centrale. Mais cet argent, ainsi créé, représente à peine 10% de tout l’argent en circulation. Qui fabrique le reste ? Les banques privées, les UBS, Crédit Suisse, Banques Raiffeisen et autres. Elles, à leur tour, octroient des crédits, également avec un simple « clic de souris », et encaissent une commission, l’intérêt. Elles prêtent de l’argent qui n’existe pas et prélèvent un intérêt dessus.

Comment ça marche ? Admettons que le client d’une banque dépose CHF 100.00 dans son compte. La banque garde 10 CHF dans ses coffres, au cas où le client aurait besoin d’une partie de son argent. Le reste, donc 90% ou 90 CHF de cette somme elle la prête à un autre client. Il y a donc, par miracle, CHF 190.00 dans le système. Cet autre client achète, avec ces 90 CHF qu’on lui a prêtés, un produit chez un commerçant. Le vendeur de ce produit dépose les CHF 90.00, issus de la vente, sur son compte en banque. Sa banque, garde CHF 9.00 dans son trésor et prête 81.00 à un autre client. Là Il y a déjà CHF 271.00 dans le système. Chaque fois que du « nouvel argent » est créé c’est par une dette. Ce jeu se perpétue à l’infini. Cela s’appelle le système des réserves fractionnaires. On estime que 92 à 96% de la création monétaire se fait de cette façon par les banques privées.

Pour résumer, les banque payent un intérêt, plus bas, à leurs clients, ce qui représente à peine 10% du total et encaissent un intérêt (plus élevé) sur de l’argent qui n’existe pas et qu’elles créent à l’aide d’un « clic de souris » sur un ordinateur (90%). On se rappelle de l’avertissement des banquiers insufflée à l’état au sujet de l’inflation. Il ne faut pas créer de l’argent de manière inconsidérée. Actuellement, les monnaies en circulation dépassent largement la valeur des biens et service produits, ce qui attise la spéculation financière. Il n’y a pas d’inflation, mais une bulle financière, parce que toutes ces sommes sont « parqués » dans les marchés immobiliers et financiers au lieu de l’économie réelle, encore une ineptie du système. Ainsi le secteur financier tient en otage l’état et l’économie réelle. Un exemple de la perversité de ce système est la crise de 2008, dont les répercussion nous subissons encore aujourd’hui, lors de laquelle les pertes colossales causées par les banques ont été transféré sur les comptes de l’état (aussi à Genève avec le sauvetage de la BCGE qui a coûté CHF 2,3 mia au contribuable).

L’état délègue donc une fonction, vitale pour l’économie et le bien de la population, la création monétaire et l’attribution du capital à l’économie aux banques privées des intérêts particuliers somme toute. Le banquier touche un intérêt, son salaire, pour avoir créé de l’argent à partir de rien. L’intérêt est donc une partie intégrante à chaque Franc dépensé dans l’économie.

Prenons l’exemple de l’état de Genève qui a une dette de CHF13 mia. Il y a donc quelqu’un qui détient une fortune de CHF 13 mia, créé par les banques. L’état paie chaque année CHF 200 mio en intérêts « sur de l’argent qui n’existe pas ».Pour que le système se perpétue, les banques doivent continuer à fabriquer de l’argent qu’elles prêtent volontiers à l’état (ou l’économie) et encaissent des intérêts. Le capital ne sera jamais remboursé, sinon le système s’effondrerait. La logique inhérente du système est la création d’argent, basée sur le crédit. S’il n’y pas de crédit il n’y a pas d’argent. Si les acteurs économiques et l’état ne s’endettent pas, il n’y a pas de création d’argent.

L’actuelle grève de la fonction publique à Genève et dans d’autres cantons illustrent bien les contradictions de ce système. Parler de coupes budgétaires et de réduction de la dette mène à la catastrophe, car cela va à l’encontre de la logique même du système. Henry Ford disait que « si les citoyens comprenaient le fonctionnement du système financier il y aurait une révolution ». Il ne s’agit pas de faire la révolution ni d’abolir les banques. Mais tant que la majorité des citoyens se laisse dicter le calendrier, toutes les grèves et revendications ne serviront à rient et nous y seront encore dans dix ans. Cela divisera la société au profit du système. « Divide et impera » disaient les romains.

Le fonctionnement de l’économie ne peut en aucun cas être l’affaire d’intérêts particuliers, car l’économie n’est pas soumise aux lois naturelles, telles que la physique ou la chimie. L’économie est une science sociale et son modèle doit être défini démocratiquement. Le début d’un changement serait de poser les bonnes questions.

  • Pourquoi ne baisse-t-on pas les impôts sur le travail et augmente l’impôt sur le capital (non-productif) ?
  • Pourquoi n’investit-on pas ces fonds dans la formation, la transition énergétique, le financement à taux zèro de la création d’entreprises, l’accession à la culture pour tous? Pourquoi ne favorise-t-on pas les entreprises innovantes, créatrices d’emploi, plutôt que les multinationales?
  • Pourquoi l’état ne pourrait-il pas se financer directement auprès de la Banque Nationale ?
  • Pourquoi ne fait-on pas une distinction entre la rémunération du capital productif et le capital non productif ? La rémunération du capital productif pourrait être négociée entre les détenteurs du capital et les travailleurs (patrons employés inclus), comme le sont les salaires entre les patrons et les salariés.
  • Peut-on supprimer l’’intérêt sur la simple création d’argent ?

Pour conclure, j’invite le lecteur à consacrer une minute 40 secondes pour écouter cet extrait d’une allocution d’Alexandre De Juniac le PDG d’Air France. Est-ce la société que nous voulons ?

https://www.youtube.com/watch?v=mYE-QwGvbVI

 

03.12.2015

 

06:59 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |