03/12/2015

La dette publique n'est pas un problème!

Selon une étude du professeur Ueli Mäder de l’université de Bâle, la fortune des 300 personnes les plus riches en Suisse a augmenté de CHF 80 mia en 1989 à CHF 589 mia en 2014. La dette publique de la Confédération est actuellement autour de CHF 220 mia (confédération, cantons, communes et assurances sociales). Le ratio PIB vs dette, si cher aux économistes, est de 35%, alors que dans la plupart des pays européens elle s’approche de 100%

L’affreux spectre de la dette, agité avec véhémence par les milieux économiques (pas tous) et les médias (pas tous non plus), détourne l’attention du public intentionnellement du vrai sujet. La répartition des richesses. Prenons nos 300 citoyens dont chacun dispose d’un droit de vote (pour autant qu’ils soient suisses) et les 5,2 mio d’électeurs enregistrés. Les électeurs voteraient pour l’introduction d’un impôt sur la fortune de 5%, limité dans le temps, disons 10 ans. Au bout de 10 ans, nos 300 citoyens garderaient CHF 350 mia plus le rendement moyen sur capital, qui dépasse largement les 5% par année, et la dette de la confédération (confédération, cantons et communes) serait presque effacée.. La dette des uns est la fortune des autres.

Les intérêts ! Vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous payez un intérêt sur un crédit ? Quand vous allez chez le médecin ou vous consultez un avocat, vous le payez pour le service rendu et on vous facture un certain nombre d’heures. Et la banque ? Elle gagne une commission sur une somme d’argent qui n’existe pas, plus grosse la somme, plus gros son salaire. Son travail reste le même. Convertissez cela en taux horaire !

D’où vient l’argent ? C’est l’état qui a le droit de le fabriquer. Il détient le monopole de la création d’argent. On se demande alors, pourquoi il a besoin de s’endetter, s’il a le droit de fabriquer l’argent lui-même. Parce que les experts lui ont dit, que la tentation serait trop grande de tout simplement imprimer des sous et ainsi crée de l’inflation. L’inflation, l’autre spectre, agité par les banquiers et les experts. Quand il y a trop d’argent qui chasse trop peu de biens, les prix montent, ce qui crée l’inflation. L’état s’est donc laissé convaincre et a cédé ce droit exclusif à la banque nationale qu’il a créée à cet effet. Il lui reste le droit d’élire son président et de poser quelques questions, mais c’est tout. La banque nationale est une banque privée qui paye un dividende de 6% p.a. à ses actionnaires. (La majorité des actions de la Banque Nationale Suisse sont en mains d’entités publiques (55%) et deux tiers des bénéfices sont distribuées aux cantons). Ce n’est pas le cas de la banque centrale américaine, la plus puissante de la planète et dont la politique monétaire a une influence directe sur presque toutes les économies du monde.

Voici un extrait du site internet officiel du système américain de la réserve fédérale, sur la question de la propriété du plus grand « fabricant d’argent »:

« Le système de la réserve fédérale remplit sa mission publique en tant qu’entité indépendante à l’intérieur du gouvernement américain. Ce n’est pas une entreprise privée et sa mission n’est pas de générer un profit. »

« Les 12 banques membres régionales du système de la réserve fédérale, nommées par le congrès américain en tant que branche exécutive du système national de la réserve fédérale, sont organisées de façon similaire à des entreprises privées – ceci prête à confusion au sujet du terme « propriété privée ». Par exemple, les banques du système de la réserve fédérale émettent des actions à l’intention des banques (privées). Toutefois, posséder des actions de la réserve fédérale n’est pas la même chose que posséder des actions dans une entreprise privée. Les banques de la réserve fédérale ne sont pas censées faire du bénéfice, et, être propriétaire d’un certain nombre d’actions est la condition légale pour obtenir l’adhésion (d’une banque privée) au système de la réserve fédérale Ces actions ne peuvent ni être vendues, ni être mises en gage pour obtenir un crédit. En outre, la loi stipule que le dividende, payé à ses membres, doit être de 6% par année. »

Donc, nous retenons ici la notion « d’institution publique » et de « non-profitabilité » et relevons la contradiction avec le principe de l’actionnariat et le rendement légal de 6% par année pour les actionnaires.

Quand l’état a besoin de fonds pour financer son ménage, il est obligé de faire appel aux banques privées, pas à la banque centrale. Encore une curiosité du système. Pourquoi les pouvoirs publics ne devraient-ils pas pouvoir se financer auprès de la Banque Nationale Suisse directement? Les banques, agissant en tant qu’intermédiaire, touchent une commission, ou différentiel d’intérêt, sur les obligations que l’état émet à cette occasion, et dont une partie elles déposent à la banque nationale pour obtenir du cash. Ce cash est généré par la banque nationale à l’aide d’un « clic de souris ». C’est comme cela qu’elle crée ce qu’on appelle la monnaie centrale. Mais cet argent, ainsi créé, représente à peine 10% de tout l’argent en circulation. Qui fabrique le reste ? Les banques privées, les UBS, Crédit Suisse, Banques Raiffeisen et autres. Elles, à leur tour, octroient des crédits, également avec un simple « clic de souris », et encaissent une commission, l’intérêt. Elles prêtent de l’argent qui n’existe pas et prélèvent un intérêt dessus.

Comment ça marche ? Admettons que le client d’une banque dépose CHF 100.00 dans son compte. La banque garde 10 CHF dans ses coffres, au cas où le client aurait besoin d’une partie de son argent. Le reste, donc 90% ou 90 CHF de cette somme elle la prête à un autre client. Il y a donc, par miracle, CHF 190.00 dans le système. Cet autre client achète, avec ces 90 CHF qu’on lui a prêtés, un produit chez un commerçant. Le vendeur de ce produit dépose les CHF 90.00, issus de la vente, sur son compte en banque. Sa banque, garde CHF 9.00 dans son trésor et prête 81.00 à un autre client. Là Il y a déjà CHF 271.00 dans le système. Chaque fois que du « nouvel argent » est créé c’est par une dette. Ce jeu se perpétue à l’infini. Cela s’appelle le système des réserves fractionnaires. On estime que 92 à 96% de la création monétaire se fait de cette façon par les banques privées.

Pour résumer, les banque payent un intérêt, plus bas, à leurs clients, ce qui représente à peine 10% du total et encaissent un intérêt (plus élevé) sur de l’argent qui n’existe pas et qu’elles créent à l’aide d’un « clic de souris » sur un ordinateur (90%). On se rappelle de l’avertissement des banquiers insufflée à l’état au sujet de l’inflation. Il ne faut pas créer de l’argent de manière inconsidérée. Actuellement, les monnaies en circulation dépassent largement la valeur des biens et service produits, ce qui attise la spéculation financière. Il n’y a pas d’inflation, mais une bulle financière, parce que toutes ces sommes sont « parqués » dans les marchés immobiliers et financiers au lieu de l’économie réelle, encore une ineptie du système. Ainsi le secteur financier tient en otage l’état et l’économie réelle. Un exemple de la perversité de ce système est la crise de 2008, dont les répercussion nous subissons encore aujourd’hui, lors de laquelle les pertes colossales causées par les banques ont été transféré sur les comptes de l’état (aussi à Genève avec le sauvetage de la BCGE qui a coûté CHF 2,3 mia au contribuable).

L’état délègue donc une fonction, vitale pour l’économie et le bien de la population, la création monétaire et l’attribution du capital à l’économie aux banques privées des intérêts particuliers somme toute. Le banquier touche un intérêt, son salaire, pour avoir créé de l’argent à partir de rien. L’intérêt est donc une partie intégrante à chaque Franc dépensé dans l’économie.

Prenons l’exemple de l’état de Genève qui a une dette de CHF13 mia. Il y a donc quelqu’un qui détient une fortune de CHF 13 mia, créé par les banques. L’état paie chaque année CHF 200 mio en intérêts « sur de l’argent qui n’existe pas ».Pour que le système se perpétue, les banques doivent continuer à fabriquer de l’argent qu’elles prêtent volontiers à l’état (ou l’économie) et encaissent des intérêts. Le capital ne sera jamais remboursé, sinon le système s’effondrerait. La logique inhérente du système est la création d’argent, basée sur le crédit. S’il n’y pas de crédit il n’y a pas d’argent. Si les acteurs économiques et l’état ne s’endettent pas, il n’y a pas de création d’argent.

L’actuelle grève de la fonction publique à Genève et dans d’autres cantons illustrent bien les contradictions de ce système. Parler de coupes budgétaires et de réduction de la dette mène à la catastrophe, car cela va à l’encontre de la logique même du système. Henry Ford disait que « si les citoyens comprenaient le fonctionnement du système financier il y aurait une révolution ». Il ne s’agit pas de faire la révolution ni d’abolir les banques. Mais tant que la majorité des citoyens se laisse dicter le calendrier, toutes les grèves et revendications ne serviront à rient et nous y seront encore dans dix ans. Cela divisera la société au profit du système. « Divide et impera » disaient les romains.

Le fonctionnement de l’économie ne peut en aucun cas être l’affaire d’intérêts particuliers, car l’économie n’est pas soumise aux lois naturelles, telles que la physique ou la chimie. L’économie est une science sociale et son modèle doit être défini démocratiquement. Le début d’un changement serait de poser les bonnes questions.

  • Pourquoi ne baisse-t-on pas les impôts sur le travail et augmente l’impôt sur le capital (non-productif) ?
  • Pourquoi n’investit-on pas ces fonds dans la formation, la transition énergétique, le financement à taux zèro de la création d’entreprises, l’accession à la culture pour tous? Pourquoi ne favorise-t-on pas les entreprises innovantes, créatrices d’emploi, plutôt que les multinationales?
  • Pourquoi l’état ne pourrait-il pas se financer directement auprès de la Banque Nationale ?
  • Pourquoi ne fait-on pas une distinction entre la rémunération du capital productif et le capital non productif ? La rémunération du capital productif pourrait être négociée entre les détenteurs du capital et les travailleurs (patrons employés inclus), comme le sont les salaires entre les patrons et les salariés.
  • Peut-on supprimer l’’intérêt sur la simple création d’argent ?

Pour conclure, j’invite le lecteur à consacrer une minute 40 secondes pour écouter cet extrait d’une allocution d’Alexandre De Juniac le PDG d’Air France. Est-ce la société que nous voulons ?

https://www.youtube.com/watch?v=mYE-QwGvbVI

 

03.12.2015

 

06:59 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

Commentaires

C'est vraiment top comme remarque:

Les intérêts ! Vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous payez un intérêt sur un crédit ? Quand vous allez chez le médecin ou vous consultez un avocat, vous le payez pour le service rendu et on vous facture un certain nombre d’heures. Et la banque ?

Et la banque donc ? Elle offre le service de vous avancer l'argent que vous n'avez pas, et ça se paye par les intérêt. Au même titre que la banque donne un intérêt aux épargnants qui déposent leur argent chez elle.

Et je ne m'abaisserait même pas a commenter des considérations du type "L'état il a ka imprimer des billets pour avoir de l'argent". Je crois que c'est ce qu'ils font au Zimbabwe, je vous laisse apprécier le résultat...

Écrit par : Eastwood | 03/12/2015

Bonjour Monsieur,

Merci pour votre commentaire. Je suis heureux que vous vous intéressez à ce sujet, car cela vous concerne directement en tant que citoyen. Parlez en autour de vous. Vous pouvez changer les choses en allant voter (votation sur le salaire minimum, caisse maladie unique, taxation des successions). Il faut savoir que 90% de la création d'argent est aux mains des banques privées. Ce n'est pas une polémique c'est un fait, vous pouvez le vérifier. En ce qui concerne le différentiel d'intérêt dont vous parlez, j'ai utilisé l'exemple de l'épargnant pour mieux expliquer le fonctionnement. L'argent cherche toujours le meilleurs rendement, actuellement par exemple l'état grecque paie 10% d'intérêt. Ce qui est grave, c'est que cet argent n'est pas investi dans l'économie réelle et ne crée pas de nouveaux emplois pour les jeunes.

Cordialement
Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 04/12/2015

@Eastwood : Je suis assez d'accord avec vous, sauf sur un point "la banque donne un intérêt aux épargnants" avez-vous vu les taux actuel sur les différents comptes épargne et autres? Cela ne couvre même pas les frais divers de tenue de compte. C'est pourquoi des tas de petits épargnants retirent leur argent en cash!!

Écrit par : grindesel | 04/12/2015

La politique monétaire de la BNS
Fritz Zurbrügg, membre de la Direction générale de la Banque nationale suisse
Journée des prévisions KOF, Zurich, 01.10.2015

http://www.snb.ch/fr/mmr/speeches/id/ref_20151001_zur/source/ref_20151001_zur.fr.pdf

Écrit par : Chuck Jones | 04/12/2015

Merci pour votre message. Quel est votre commentaire?

Écrit par : Bruno Hubacher | 04/12/2015

that's a nice show - le cqfd du comment les marchés financiers ont perdu tout sol sous leurs pieds

Écrit par : suisse & genevois déshérité | 04/12/2015

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