27/11/2015

Panem et circenses

Résultat de recherche d'images pour "panem et circenses"

Les élections fédérales sont terminées. La stratégie de la diversion a marché, une fois de plus. La moitié des électeurs sont contents de leur sort et n’ont donc pas voté et l’autre moitié, rongée par la culpabilité, est d’accord de se serrer la ceinture, encore un peu plus, car le spectre de la dette publique va continuer à hanter la salle des pas perdus de la Berne fédérale.

Trente ans de néolibéralisme, une perversion de la pensée libérale, et le monde politique s’y conforme, gauche et droite confondue. Dans cet environnement les journalistes, dernier rempart face à la pensée unique, essayent, tant bien que mal, de faire leur métier, avec la peur au ventre, peur de perdre leur emploi comme les autres 99%. La peur, là encore. Car le capital s’est finalement emparé du «quatrième pouvoir», fidèle à sa logique de rendement, rendement sur capital bien-sûr. Christoph Blocher, le «Murdoch» suisse, l’a bien compris en s’emparant de la «Weltwoche» et de la «Basler Zeitung».

Evidemment, on ne peut pas parler de censure. Cela ne serait pas possible à l’ère d’internet. Il s’agit plutôt d’une sorte d’autocensure, la sous-pondération de certains sujets et pour cimenter le statu quo le saupoudrage en informations, à première vue, anodines, néanmoins subtilement orientées. La période d’avant les élections fédérales est symptomatique de cette attitude de la presse, un peu de tout, rien de trop, rien qui froisse, se laissant dicter les sujets, l’actualité aidant.

En réponse au conflit social entre la direction de la compagnie «Air France » et son personnel, suite à l’annonce de la suppression de 3'000 emplois, le «Tagesanzeiger» publie un article de sa correspondante à Paris sous le titre «Concorde, Caviar et Champagne». Je cite : « Air France était un mythe, les plus belles hôtesses, les meilleurs repas, les avions les plus rapides. Actuellement cette compagnie est le symbole d’une industrie française à l’agonie.»

Le 26.11.2015 le «Tagesanzeiger» publie un article sur les coupes budgétaires des départements de l’instruction publique cantonaux de 500 mio CHF, suivi d’un sondage auprès ses lecteurs : Dans quels domaine, l’état devrait-il effectuer des coupes budgétaires ? C’est un peu comme si on demandait à un végétarien s’il préfère les tripes ou le foie. D’après le professeur Ueli Mäder de l’Université de Bâle la fortune des 300 individus suisses les plus riches s’est accrue de CHF 89 mia en 1989 à 589 mia en 2014.

Le 05.11.2015 la «Tribune de Genève» publie une interview avec la cheffe du département de l’instruction publique, Anne Emry-Torracinta, du style : «Dans le privé, des baisses de coûts de quelques pourcent sur deux ans sont monnaie courante, pourquoi pas au DIP? Vous dramatisez, ce n’est pas encore du Zola! Pourquoi ne pas envisager une baisse des salaires ? » 

La fermeture de l’usine «Tetra Pak», on la «regrette» dans la presse. Selon sa direction, le site de Romont était rentable, mais moins rentable que l’usine en Hongrie.

Pour amuser la gallérie, un article choisi parmi les nombreux articles de la catégorie de la «non-information» paru dans « Le matin » du 24.11.2015 : «Les suisses passent en mode survie. Les ventes de kits contenant le matériel nécessaire pour survivre cartonnent depuis les attaques terroristes de Paris.»

Par souci «d’équilibre», la pensée libérale est servie à la sauce réactionnaire par une flopé d’intellectuels, prophètes et penseurs autoproclamés à qui on offre la tribune à volonté, ce qui profite à certaines formations politiques.

Mais il y en a d’autres, et je souhaite qu’on leur donne davantage la parole.

L’ancien ministre des finances grec Yannis Varoufakis, qui n’est désormais plus lié au secret de fonction, explique le déroulement de la crise grec derrière les coulisses. C’est une information qu’on trouve sur internet, pas dans la presse.

L’élection du nouveau président du parti «Labour», Jeremy Corbyn a été taxé d’épiphénomène, pourtant un électrochoc pour le gouvernement britannique. Analyser l’actualité est aussi anticiper.

Une analyse approfondie du programme du candidat démocrate aux élections présidentielles américaine et actuel sénateur du Vermont, Bernie Sanders, fournirait matière à réflexion. https://www.youtube.com/watch?v=hDRxbQlpqmo

L’élection du nouveau premier ministre canadien du «Parti libéral du Canada» Justin Trudeau, le fils de Pierre Elliott Trudeau, n’a mérité qu’un communiqué de presse.

Thomas Piketty, économiste et auteur du bestseller «le capital au XXIème siècle» n’a, à ma connaissance, jamais fait de conférence en Suisse. L’inégalité et la nécessaire redistribution des richesses, ou plutôt réajustement, est en réalité le thème d’actualité. « It’s the economy stupid», disait Bill Clinton.

L’économiste américain et lauréat du prix Nobel de l’économie, Joseph Stiglitz, décrit dans son livre «Le prix de l’inégalité», les ravages que la pensée néolibérale avec sa politique monétariste a causé aux Etats Unis. (Coupes budgétaires de l’état et des cantons) C’est rarement un sujet dans la presse. Peut-être les sujets économiques sont trop complexes pour grand public? Notamment ce sujet économique. Le taux d’investissement en Europe est le plus bas de la planète et le taux d’épargne à un niveau historique, 36% des revenus, ce qui veut dire que la contrepartie de la dette des états est « parqué » dans le système financier, et, manque de confiance, pas investi dans l’économie réelle.

La voix des humoristes libéraux n’est pas assez audible. Le comédien américain Bill Maher avec son programme « Real Time with Bill Maher »

https://www.youtube.com/watch?v=db9T5Bct3F0

ou «Giacobbo Müller» sur la télévision suisse allemande

https://www.youtube.com/watch?v=XOXJUkcK0bQ

Le sketch prémonitoire du programme « Spitting Image » (élections en Grande Bretagne 1987) devrait faire réfléchir….

https://www.youtube.com/watch?v=ReIAna459sg

27.11.2015

 

10:53 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

12/11/2015

There is no alternative!

Il y a 35 ans la premier ministre Margaret Thatcher débuta son mandat avec le slogan «There is no alternative». Une nouvelle ère s’annonça, l’ère du néolibéralisme façon Milton Friedman et Friedrich Hayek, un modèle de société qui a marqué la fin du XXème et le début du XXIème siècle jusqu’à ce jour. Après la chute du communisme en 1989 le philosophe américain, Francis Fukuyama proclama « La fin de l’histoire ».

Il faut se rappeler que la situation économique de la Grande Bretagne en 1979, alors gouvernée par le parti socialiste, était calamiteuse. L’industrie était paralysée par des grèves interminables, le taux de chômage galopait à des niveaux record et l’inflation crevait le plafond. Un changement de gouvernement et de politique s’imposa. Seulement, ce qui s’annonça comme une réforme était devenu une révolution avec toute la violence que cela implique pour les plus faibles de la société.

Le démantèlement progressif de «l’état providence» et, par conséquent, des privatisations des services publics tous azimuts tels que la poste, les chemins de fer, la santé, l’éducation, la police et les prisons devait servir à remplir les caisses de l’état et permettre une baisse substantielle des impôts, notamment pour les plus fortunés. L’argent ainsi libéré serait, grâce aux vertus des marchés libres, réinvesti dans l’économie réelle et aurait ainsi dû créer de l’emploi. Les économistes appellent cela «trickle-down-economics». En réalité cela ne s’est pas produit, car avec la libéralisation des marchés financiers, cet argent est allé en bourse, dans l’économie virtuelle, créant une bulle spéculative sans précédent qui avait finalement éclatée en 2007. Il s’ensuivit une crise financière et économique planétaire et un sauvetage historique du secteur bancaire avec de l’agent public et, par conséquent, une détérioration massive des finances publics au détriment de la classe moyenne.

La réforme nécessaire d’un état sclérosé s’est transformée peu à peu en une sorte de dictature de la «pensée unique» et le système économique, censé favoriser les plus méritants, grâce à un marché impartial et dérégulé, s’est transformée en une oligarchie de profiteurs, le secteur bancaire et les détenteurs du capital. Le surdimensionnement du secteur bancaire, suite à sa dérégulation, et la financiarisation de l’économie ont mené à des inégalités dans la distribution des richesses et une concentration du capital sans précédent.

«Ce qui se passe aux Etats-Unis est simple, les pauvres deviennent plus pauvres et plus nombreux et la classe moyenne se vide» dit Joseph Stiglitz, économiste américain et prix Nobel d’économie dans son livre «Le prix de l’inégalité » et il poursuit «Depuis trente ans, les salaires de 90% inférieurs n’ont augmenté que de 15% tandis que les salaires du 1% supérieur se sont accrus de 150%, et chez le 0,1% leur augmentation dépasse 300% »  Cela n’est pas seulement discutable sur le plan éthique mais un danger pour la démocratie.

L’économiste français, Thomas Piketty soutient dans son ouvrage « Le Capital au XXIème siècle » (2013 Seuil) la thèse, selon laquelle le « taux de rendement du capital est supérieur au taux de croissance de l’économie, ce qui favorise le capital existant au détriment du travail ». Pour rétablir un équilibre entre la rétribution du capital et du travail un impôt progressif sur le revenu du capital ainsi que sur le capital et une baisse d’impôt sur le travail s’imposerait.

La gauche européenne n’a non seulement pas de contreprojet à proposer mais emboite le pas à la pensée unique (« New Labour » en 1994, « Agenda 2010 » en 2003, « Loi Macron » en 2015). Le résultat de ce manque d’inspiration est une défection d’une partie de plus en plus importante des électeurs vers l’extrême droite et , signe encourageant, la création de partis dissidents qui, eux, proposent une alternative (Die Linke en Allemagne, La nouvelle direction du parti Labour en Angleterre, Podemos en Espagne, Le candidat démocrate aux élections présidentielles américaines, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, Le nouveau gouvernement canadien sous la présidence de Justin Trudeau).

La droitisation de la gauche ne semble pas épargner le parti socialiste suisse qui, pourtant jusqu'ici , avait résisté aux sirènes du "marché libre".  Il n'en est rien si on écoute la remarque du conseiller aux Etats zurichois, fraîchement élu, Daniel Jositsch, qui déclarait à la presse que "le PS Suisse devait mener une politique davantage à droite".

Ce qu'on attend d'un parti politique c'est un projet de société. Quand on regarde la répartition des sièges au parlement suisse on ne doute guère vers quel modèle de société la Suisse penche.    

 

12:35 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |