Le blog de Bruno Hubacher

  • Prix Nobel de la philanthropie

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    Le prix Nobel d’économie 2019 vient d’être attribué à une pasionaria de la lutte contre la pauvreté, un choix qui fait l’unanimité médiatique.

    Le domaine de spécialisation de la franco-américaine est, sans grande surprise, la microéconomie, par opposition à la macroéconomie, ce qui la rend moins suspecte. Elle ne risque donc pas de se frotter au dogme, l'unique « système de production, des échanges et du partage des fruits de la productivité » en vigueur, le capitalisme. Vu les crises diverses et variées qui le secouent actuellement, le système, le choix a dû sembler plus judicieux aux yeux du jury suédois.

    La microéconomie ayant pour but la comparaison et la modélisation des comportements des agents économiques entre eux, à l’intérieur d’un marché spécifique, la macroéconomie analyse l’interaction entre les facteurs économiques au niveau d’une nation voir entre nations, tels que les revenus nationaux, l’investissement privé et publique, le pouvoir d’achat, la consommation, l’inflation, facteurs qui constituent des outils d’analyse essentiels, déterminants la politique économique d’un pays.

    Le service public, notamment le système éducatif, étant largement privatisé aux Etats-Unis, surtout celui des hautes études, l’économiste primée, ainsi que son employeur, le « Massachusetts Institute of Technology » MIT, dépendent donc de dons d’entreprises privées et de généreux mécènes. (1)

    L’Arabie Saoudite, par exemple, y est représenté en tant que membre du « MIT Media Lab », à travers la « Misk Foundation » ou « Prince Mohammed Bin Salman bin Abdulaziz Foundation », une ONG, « dédiée à la culture et l’éducation de la jeunesse par le biais de l’entreprenariat », à laquelle sa majesté avait payé une brève visite lors de sa venue officielle aux Etats-Unis, le 24 mars 2018. (2)

    Les sources de financement, essentiellement privées, des travaux du couple lauréat, proviennent également, en grande partie, d’Arabie Saoudite, la dernière en date, par un ancien « alumnus » du « Massachusetts Institute of Technology » MIT, Mohamed Abdul Latif Jameel, le fils de l’homme d’affaires saoudien Abdul Latif Jameel, mort en 1993, dont la famille compte parmi les plus grosses fortunes du Moyen Orient, et qui avait permis à la lauréate et son mari, en 2003, l’ouverture, sur le campus du MIT, du « Abdel Latif Jameel Poverty Action Lab » au nom duquel elle vient de recevoir le Prix Nobel de l’économie.

    Ce n’est donc pas non plus une surprise que la lauréate favorise une collaboration étroite avec de nombreuses ONG, ainsi que le monde douillet de la philanthropie, dont la « Laura and John Arnold Foundation » du gestionnaire de « hedge funds » et milliardaire John Arnold, ancien négociant au service de la tristement célèbre maison de courtage en électricité texane « Enron », une des plus grosses entreprises américaines de par sa capitalisation boursière à l’époque, profiteur, par la même occasion, de la faillite frauduleuse de la dernière en 2001, à travers sa nouvelle firme, fondée en 2002, le « hedge fund » « Centaurus Advisors », juste après la déconfiture de son ancien employeur. On pourrait également mentionner l’étroite collaboration, revendiquée par la lauréate, avec le milliardaire Bill Gates et sa « Fondation Bill et Melinda Gates ».

    En tant qu’économiste, la lauréate favorise « l’expérience du terrain », plutôt que la théorie, ce qui est rafraîchissant après près de 45 ans de dogme « friedmanien » (Milton Friedman, Prix Nobel de l’économie 1976), seulement, un peu court peut-être.

    L’hebdomadaire américain « The New Yorker » la qualifie « d’intellectuelle française de centre gauche qui croit en la redistribution et qui souscrit à la notion optimiste que demain sera peut-être meilleur qu’aujourd’hui. » (mai 2010) C’est dire à quel point elle est convenable pour un Prix Nobel.

    Il semblerait que Madame Duflo se sert d’une méthode d’évaluation de projets humanitaires, utilisée essentiellement dans le domaine de la médecine, qu’on appelle « essai randomisé contrôlé » ou « randomized controlled trial » (Wikipedia) pour expliquer des phénomènes économiques, ou plutôt « pour appliquer une méthode qui marche ».

    Pour mieux comprendre sa recette, elle nous la décrit dans une interview, accordée à « France Inter » le 15 octobre dernier. « Nous avons pris une centaine d’écoles du Kenya, et dans une cinquantaine d’entre elles, prises au hasard, nous avons distribué des manuels scolaires en anglais. L’idée à l’époque était que, disposer de manuels scolaires pouvait faire une grande différence. (?) Un an après (?), nous nous sommes aperçus que les enfants n’avaient rien appris dans les manuels scolaires. Nous avons réalisé que cela n’avait pas fonctionné, car, bien que le programme solaire au Kenya soit en anglais, les enfants ne savaient pas lire l’anglais. (?) Cette expérience a été la première d’un long parcours (?) qui nous a permis, de mieux comprendre quel était le vrai problème de l’éducation dans un pays comme le Kenya ou l’Inde où les programmes scolaires ne sont pas du tout au niveau des élèves. (?) Fin de citation.

    Dans une autre interview, sur « France Culture » du 17 novembre 2017, la lauréate nous explique pourquoi le micro-crédit ne marche pas. Tout simplement parce que les pauvres utilisent le produit du crédit octroyé à des fin de consommation plutôt que pour investir dans une activité rémunératrice. On pourrait objecter que les banques, ou autres pourvoyeurs de crédit, ont un certain devoir de diligence, qu’il y a un élément « éducation » à considérer. Mais, peut-être cela serait chercher trop loin.

    Un autre exemple « d’expérience aléatoire » du team Duflo. « J’ai travaillé avec une ONG indienne pour proposer du soutien scolaire aux enfants qui étaient en difficulté au niveau CE2 et CM1. On a choisi un échantillon de 123 écoles, dont 60 au hasard, où le soutien scolaire a été introduit, et on s’est rendu compte que ça avait fait une différence énorme (?) Fin de citation. La progression du niveau scolaire grâce au soutien scolaire. En voilà une trouvaille.

    Ainsi, l’économiste s’étonne que « dans l’opinion publique l’image des économistes n’est pas bonne, car lorsqu’on fait un sondage sur les personnes auxquelles on fait confiance, généralement les économistes arrivent à l’avant-dernière place, juste avant les politiques. » Fin de citation. On se demande pourquoi.

    Quoi qu’il en soit, on a l’impression que le jury du Prix Nobel n’a pas entendu parler de la quasi éradication de la pauvreté en Chine, en l’espace d’à peine quarante ans, une réussite dont l’accomplissement a pris quelques siècles en Europe.

    La pauvreté en Chine, relative au revenu médian, en prenant en compte le pouvoir d’achat, a baissé, selon une statistique de la Banque Mondiale, de 17,3% (97,5 % en 1978, pour comparaison et selon une autre source) à 3,1% entre 2010 et 2017 (chiffres disponibles).

    En 2017, le revenu moyen disponible dans les campagnes chinoises s’élevait à 2'106 Yuan contre 133 Yuan en 1978 et la consommation moyenne par habitant s’est multipliée par 14 pendant la même période. Cela s’appelle, en économie, la redistribution des gains de productivité ou plus prosaïquement, des richesses produites, car le PIB (produit intérieur brut) est passé de 367 milliards Yuan en 1978 à 11,800 milliards Yuan en 2016, ce qui représente une croissance moyenne annuelle de 9,6 %.

    Le développement de l’agriculture, ainsi que la redistribution équitable des facteurs de production, notamment des terres arables, a contribué à la réduction de la pauvreté, notamment dans les régions rurales. Dans le cadre du plan septennal, l’aide aux régions les plus défavorisées, soutenue par l’état, a permis une augmentation de la valeur ajoutée agricole de 54% entre 1994 et 2000, sortant 80 millions de paysans chinois de la pauvreté. Le revenu net par habitant de la population rurale est ainsi passé de 648 Yuan à 1'338 Yuan, soit une progression annuelle de 12,8%, 2% plus élevée que la moyenne nationale. (Université Renmin, Peking, Wang Sangui)

    C’est donc évidemment grâce à la croissance économique et la redistribution équitable des gains de productivité que la Chine a réussi à éradiquer l’extrême pauvreté. Il est en revanche également évident que, pour les pays développés, les paramètres économiques traditionnels, utilisés pour mesurer la prospérité d’une économie, dont le taux de croissance fait partie, sont devenus obsolètes depuis bien longtemps, et la redéfinition de nouveaux paramètres, macroéconomiques, pour l’ancien monde, aurait bien valu un sujet pour un prix Nobel de l’économie.



    « Harward, orwelienne jusqu’au bout » 02.10.2017
    (1) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2017/10/02/harvard-orwellienne-jusqu-au-bout-286736.html

    « La maison Al Saoud bienfaitrice de l’éducation supérieure » 29.10.2018
    (2) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2018/10/index.html

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  • Impeachment

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    Selon un récent sondage de l’entreprise américaine d’études de marketing et sondages d’opinion « Harris », effectué sur mandat du site d’information « The Hill », la cote de popularité du président Donald Trump est actuellement à 49%. Les membres du Parti républicain approuvent l’action du président à 83%. Parmi les électeurs, non-inscrits à un parti politique, ce taux est de 46% et parmi les électeurs démocrates 18%.

    Dans ce contexte, à une année de l’élection présidentielle de 2020, en sa qualité de présidente, démocrate, de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, a entamé, le 24 septembre dernier, une procédure de destitution du président, sur fond d’accusation d’abus de pouvoir et d’instrumentalisation d’une puissance étrangère, en l’occurrence l’Ukraine. Les accusations se basent sur les révélations d’un lanceur d’alerte issu des rangs de l’agence de renseignements CIA.

    Ainsi, le président, son avocat Rudy Giuliani et le procureur général des Etats-Unis, William Barr, auraient fait pression sur le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans le but d’incriminer le candidat démocrate à la présidentielle, Joe Biden et son fils Hunter, pour corruption dans le contexte de l’implication du dernier dans la société ukrainienne d’exploitation d’hydrocarbures « Burisma Holdings » dans laquelle celui-ci siège au conseil d’administration depuis le 18 avril 2014, sans disposer d’une quelconque expertise en la matière. (1)

    Il n’est pas inutile de rappeler, dans ce contexte, qu’au mois de mars de cette année, le procureur spécial, Robert Muller, mandaté le 17 mai 2017 par le procureur général adjoint des Etats-Unis, Rod Rosenstein, sur instigation du Parti démocrate, à superviser, ensemble avec 19 procureurs et 40 agents du FBI, une enquête sur de possibles liens entre le gouvernement russe et des individus, liés à la campagne présidentielle du candidat Donald Trump, a rendu son rapport, rapport qui a fait « pschitt ». Il y aurait eu « absence de toute collusion entre l’équipe de campagne du candidat républicain et les autorités russes. » (2)

    Pendant ce temps, près d’un quart des salariés américains ne touchent qu’un peu plus que la moitié du revenu médian, qui s’élève à 56'500 USD par année, un salaire qui rend impossible la location d’un studio de deux pièces, peu importe son emplacement, dans n’importe quelle ville, dans n’importe quel état, tendance à la hausse. 40% des américains sont incapables de faire face à une dépense inattendue de 400 USD et l’endettement global des ménages pour des dépenses de consommation s’élève actuellement à 4'000 milliards USD, en augmentation de 47% depuis la crise des « subprimes » en 2008. Pendant la même période, la valeur des prêts étudiants a grimpé de 700% pour atteindre la somme de 1'500 milliards USD. Cette spirale infernale de l’endettement, causé par la stagnation des revenus depuis 1979, a fait fondre la fortune nette d’un ménage moyen à 1'250 USD, en baisse de 85% depuis 1995.

    La privatisation du système de santé, qui laisse 8,5% de la population sans couverture médicale, en augmentation de 1,9 million de personnes pour la seule année 2018, couplée de la stagnation des salaires et l’explosion des prix immobiliers grâce à la politique accommodante de la banque centrale depuis la crise financière de 2008, sont co-responsables d’un taux de pauvreté de 12,5 % de la population. Pour la petite histoire, toute proportion gardée, le taux de pauvreté dans le pays le plus prospère au monde, bastion du libéralisme économique, la Suisse, dans lequel le système de santé est également largement privatisé, s’élève à 8,2% de la population, en progression de 22% depuis 2014, tendance à la hausse.

    Dans ce contexte, Nancy Pelosi et son parti, par ailleurs globalement en accord avec la politique du président, notamment en matière de dépenses miliaires, qui s’élèvent à plus de 700 milliards USD par année, 10 fois le budget militaire de la Russie, souhaite donc consacrer la dernière année avant l’élection présidentielle à la procédure de destitution, tout en prétendant que le travail législatif des députés ne sera pas impacté.

    La conclusion tirée par le journaliste Julian Assange, lors d’une interview avec le reporter de la chaîne d’information russe RT, Afshin Rattansi, des multiples fuites du serveur du parti démocrate et d’autres sources, coïncide avec celle du rapport « Muller ». Donald Trump est un piètre homme d’affaires, avide profiter de la désintégration de l’Union Soviétique pour y faire de juteuses affaires sans jamais y parvenir.

    Ce n’est, en revanche, pas le cas de l’ancien président démocrate Bill Clinton et son épouse Hillary, ancienne Secrétaire d’état du gouvernement Obama, qui continuent à bénéficier d’un large soutien au sein du parti. La fondation philanthrope « Clinton Foundation », qui dispose d’un coussin de réserves financières confortable de 250 millions USD, consacré à « l’amélioration de la santé et le bien-être dans le monde », a su en profiter à grande échelle, à maintes reprises.

    C’est, pour ne prendre qu’un seul exemple, un secret de polichinelle, qu’en tant que Secrétaire d’état et membre du « Comité sur les investissements étrangers stratégiques », ensemble avec le Procureur général, le Secrétaire du trésor, le Secrétaire de la défense, ainsi que le Secrétaire du commerce et de l’énergie, du gouvernement Obama, Hillary Clinton octroya à la compagnie minière « Uranium One », détenue par l’entreprise russe de développement de l’énergie nucléaire russe « Rosatom », une entreprise publique, fondée par le président Vladimir Poutine en 2007, 20% des droits d’extraction d’uranium sur sol américain, contre une généreuse contribution, à « l’amélioration du bien-être dans le monde », de 145 millions USD, ainsi qu’une rétribution de 500'000 USD pour un discours du mari, Bill, à Moscou en 2010, devant un parterre d’investisseurs de la banque d’investissement « Renaissance Capital », mandatée par le gouvernement russe de la reprise de la société canadienne « Uranium one » par « Rosatom », accompagné des remerciements chaleureux du président Poutine. (3)

    « Entre états il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des intérêts » affirma, il y a bien longtemps, un homme d’état. Seulement là, on parle de la privatisation de la « Realpolitik » et personne ne semble s’en offusquer, pas même les médias, qui ont plutôt tendance à la camoufler, pour d’évidentes raisons. Ainsi, à l’intérieur du Parti démocrate, autant que du Parti républicain, les Clinton ne représentent que la pointe de l’Iceberg, dont la coutume du « open bar » s’est institutionalisée depuis bien longtemps.

    L’exploitation illimitée des ressources naturelles de l’ancienne Union Soviétique, par des compagnies américaines et européennes, déclenchée par l’ancien président Boris Eltsine sous les auspices de Bill Clinton, freinée par l’accession au pouvoir de l’actuel président russe, au déplaisir des investisseurs, ainsi que le coup d’état, en 2014 en Ukraine, dit « Révolution de Maïdan », fomenté par les services secrets américains à coups de plusieurs milliards de USD, forment le cadre, dorénavant habituel, d’un nouveau stratagème, celui de l’implication des fils et filles de politiciens, en guise d’hommes (ou femmes) de paille de leurs parents au pouvoir, dans le but de contourner les « verrous législatifs » de ce qu’on appelle communément « conflit d’intérêt ». Qu’il s’agisse du fils de Joe Biden, la fille de Bill et Hillary Clinton, du fils de John Kerry ou encore de Nancy Pelosi, la porosité du système est à son paroxysme.

    Si l’enjeu, un deuxième mandat pour Donald Trump, n’était pas d’une gravité sans précédent, pas seulement pour les Etats-Unis, on pourrait considérer la stratégie de diversion, poursuivie par Nancy Pelosi et le Parti démocrate, dont franchement la subtilité nous échappe, comme une simple embûche politique de plus.


    (1) « Creepy Joe » (27.04.2019) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/04/26/creepy-joe-298506.html
    (2) « From Russia with Love » (28.03.2019) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/03/index.html
    (3) « La Fondation Clinton, la charité et l’uranium kazakh » (10.05.2016) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archives/2016/05/index-1.html

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  • Devoir de mémoire

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    Le révisionniste se fixe comme objectif la réécriture de l’histoire, de sorte à ce que celle-ci corresponde à sa propre conception du monde, une bien vilaine machination, sauf quand c’est l’Union européenne qui la pratique. Dans ce cas cela s’appelle « devoir de mémoire ».

    Ca-y-est ! Les électeurs européens ont, une fois de plus, confirmé le rapport de force dans leur parlement, et l’élection d’une femme à la tête de la « Commission » a sauvé les meubles pour les avocats de l’égalité des chances, Frau Von der Leyen « sei dank ».

    Dotée d’une majorité plus que confortable, la coalition noir-rouge-verte de l’establishment, peut donc, avec le soutient appréciable de la droite identitaire, s’atteler à achever l’œuvre de l’intégration, sous les auspices du grand capital, et elle ne s’en prive pas.

    Ainsi le parlement européen vient d’approuver, le 19 septembre dernier, la résolution 2019/2819 RSP appelée « Résolution du Parlement européen sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe », un document qui devrait faire dresser les cheveux sur la tête de tout historien qui se respecte.

    On ne sait par où commencer, tellement c’est truffé de stéréotypes et de demi-vérités. Extrait non exhaustif :

    « Considérant qu’il y a 80 ans, le 23 août 1939, l’Union soviétique communiste et l’Allemagne nazie ont signé un pacte de non-agression, connu sous le nom de pacte germano-soviétique ou pacte Molotov-Ribbentrop, dont les protocoles secrets partageaient l’Europe et les territoires d’États indépendants entre les deux régimes totalitaires selon des sphères d’influence, ouvrant la voie au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. »

    « Considérant que si les crimes du régime nazi ont été jugés et punis lors du procès de Nuremberg, il reste urgent de sensibiliser l’opinion publique, de dresser un bilan moral de cette période et de mener des enquêtes judiciaires sur les crimes du stalinisme et d’autres dictatures. »

    « Considérant que, dans certains États membres, la loi interdit les idéologies communiste ou nazie. »

    « Considérant que l’intégration européenne a constitué, dès l’origine, une réponse aux souffrances causées par les deux guerres mondiales et la tyrannie nazie qui a conduit à l’Holocauste, ainsi qu’à l’expansion des régimes communistes totalitaires et non démocratiques en Europe centrale et orientale, et que cette intégration a permis de surmonter de profondes divisions et de vives hostilités grâce à la coopération et à l’intégration, de mettre un terme à la guerre et de garantir la démocratie en Europe. »

    « Considérant que, pour les pays européens qui ont souffert de l’occupation soviétique ou d’une dictature communiste, l’élargissement de l’Union européenne à partir de 2004 a marqué leur retour au sein de la famille européenne, à laquelle ils appartiennent. »

    « Considérant que bien que le Congrès des députés du peuple de l’URSS ait condamné, le 24 décembre 1989, la signature du pacte germano-soviétique ainsi que les autres accords conclus avec l’Allemagne nazie, en août 2019, les autorités russes ont rejeté toute responsabilité dans ce pacte et ses conséquences et promeuvent désormais une théorie selon laquelle la Pologne, les États baltes et l’Europe de l’Ouest sont en réalité les véritables instigateurs de la Seconde Guerre mondiale. »

    « Considérant que la commémoration des victimes des régimes totalitaires demande à tous les États membres de l’Union de procéder à une évaluation claire et fondée sur les principes en ce qui concerne les crimes et actes d’agression commis par les
    régimes communistes totalitaires et le régime nazi. »

    « Fait observer qu’en adhérant à l’Union européenne et à l’OTAN, les pays d’Europe centrale et orientale ont non seulement pu retourner dans le giron de l’Europe libre et démocratique, mais ont aussi réussi, avec l’aide de l’Union euro, à mettre en oeuvre des réformes et à entrer dans une dynamique de développement socio-économique; souligne toutefois que la possibilité d’adhérer à l’Union devrait demeurer ouverte à d’autres pays européens, comme le dispose l’article 49 du traité sur l’Union européenne. »

    « S’inquiète vivement des efforts déployés par les dirigeants de la Russie d’aujourd’hui pour déformer les faits historiques et blanchir les crimes commis par le régime totalitaire soviétique. »

    « Considère ces tentatives comme un élément dangereux de la guerre de l’information qui est menée contre l’Europe démocratique et qui cherche à diviser notre continent. »

    « Se dit préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales, tout en rappelant qu’un certain nombre de pays européens ont interdit l’utilisation de symboles nazis et
    communistes. »

    « Demande dès lors à la Commission d’agir de manière décisive. »

    La tentative de mettre sur un pied d’égalité le communisme et le nazisme est une simplification grotesque de l’histoire qui sert sans doute à légitimer le capitalisme en tant qu’unique forme d’organisation économique et sociale.

    Ce texte est approuvé par la droite libérale, mais également par une bonne partie des sociaux-démocrates et verts européens, sans oublier l’extrême droite.

    La révolution bolchévique et le sort du Tsar Nicolas II et sa famille n’avait pas laissé indifférente l’aristocratie européenne, ni les industriels des deux côtés de l’Atlantique, un événement qui du coup avait fait oublier les animosités entre cousins, déclenchant la première guerre mondiale.

    Ainsi, la maison de Saxe Cobourg et Gotha, l’actuelle famille Windsor, sous l’égide du duc Charles Edouard et l'éphémère roi d’Angleterre, Edward VIII, fut parmi les premiers et les plus fervents supporteurs du chancelier Adolf Hitler, considéré comme rempart contre le communisme.

    Tant que celui-ci, ensemble avec le Duce, s’attaquait aux républicains espagnols et qu’il se dépensait à l’est contre l’ennemi communiste, le régime nazi fut considéré comme un allié, jusqu’à la signature du pacte de non-agression, signé par Staline, parce que la Russie n’était militairement pas prête pour une confrontation, et l’invasion de la Pologne. L’invasion de l’Autriche le 12 mars 1938 et celle de la Tchécoslovaquie le 29 septembre 1938 furent encore tolérés par la famille européenne aux valeurs humanistes et la Grande Bretagne.

    Le prix payé par la Russie, dans la guerre qui s’ensuivit, 22 millions de morts, ne laisse guère de doutes sur l’identité de la victime du nazisme.

    A l’échelle de temps dans l’histoire de l’humanité les modèles économiques et sociaux du capitalisme et du communisme ne représentent guère plus qu’un bref soupir. Comme toute thèse, le passage du temps les rend susceptibles au travestissement, chose que sans doute, ni Adam Smith ni Karl Marx auraient approuvé.

    Ce qui est affligeant n’est pas la mise en cause de l’un ou de l’autre, mais l’absence totale d’une quelconque réflexion non partisane dans ce qu’on appelle l’élite, les milieux intellectuels. Cette soumission au dogme néolibéral rappelle des heures sombres dans l’histoire de l’Europe. Celle qui craint tant le totalitarisme.

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