15/11/2017

Des aveux tardifs

Après « What happened » le récit d’une amnésique, voilà « Hacks » les confessions d’une repentie. La présidente ad interim du Parti Démocrate américain, 28 juillet 2016 au 25 février 2017, Donna Brazile, publie à son tour son livre choc, et elle n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le psychodrame de la descente aux enfers du Parti Démocrate américain suit son cours, malgré les récentes victoires à la Pyrrhus en Virginie et New Jersey.

Retour en arrière. En plein milieu de la campagne des primaires, le 24 juillet 2016, l’ancienne présidente du DNC (Democratic National Committee) Debbie Wasserman Schultz se voit soudainement contrainte de démissionner de son poste, suite à la révélation par l’organisation non gouvernementale Wikileaks d’une série d’emails (20'000), suggérant une violation flagrante du devoir de réserve de la part de la présidente.

En effet il s’était avéré que Mrs. Wasserman, une ardente supportrice de la candidate Clinton, s’était adonnée à un lobbying intense auprès les puissants « super délégués », au détriment de l’autre candidat, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders. Les super délégués ou « super delegates », des sénateurs et des gouverneurs, sélectionnés par le comité, ne sont pas soumis au choix des militants mais peuvent choisir librement leur candidat.

Non contente de faire de la propagande en faveur du camp Clinton, elle s’était lancée dans une véritable campagne de dénigrement dirigée contre le candidat progressiste, comme l’attestent les fameux e-mails entre membres du DNC, rendus publics par Wikileaks. On pouvait y lire, entre autre, que le directeur des communications Luis Miranda, également démissionnaire dans l’affaire, suggérait la publication ciblée d’articles de presse présentant Sanders sous un jour défavorable. Un de ces articles, paru dans le New York Times le 17 mai 2016, prétendait entre autre que des supporteurs du camp Sanders auraient cassé des chaises lors d’une convention au Nevada et attaqué physiquement la présidente de la convention Roberta Lange, ce que les nombreuses vidéos publiées sur « youtube » démentirent. Un autre stratagème, proposé par le directeur financier du parti, consistait à suggérer que le sénateur serait athée, ce qui serait sans doute mal accepté par les électeurs baptistes des états du sud, qui préféreraient, à la limite, un juif , mais certainement pas un athée.

Le 28 juillet 2016, c’est donc Donna Brazile, directrice de campagne d’Al-Gore en 2000, qui prend le règne du parti, un parti au bord de la faillite, comme elle devait le constater rapidement.

En effet, la campagne présidentielle du candidat Barack Obama de 2012 l’avait laissé avec une ardoise de 24 mio USD dont 15 mio USD en prêts bancaires et 9 mio en factures ouvertes en faveur de divers prestataires, ardoise ensuite généreusement épongée par la candidate Clinton, à un déficit de 2 mio USD près, et à certaines conditions, cela va sans dire. Conditions stipulées dans un commun accord entre Hillary Clinton et le DNC en août 2015, quatre mois après l’annonce de sa candidature et trois mois après celle de Bernie Sanders.

En échange de ce soutien financier généreux la candidate Clinton obtint le contrôle total sur les finances du parti, la collecte de fonds, le recrutement, la nomination du directeur de la communication etc. Une fois l’ardoise épongée, elle prit grand soin de garder le parti sous assistance respiratoire tout en l’approvisionnant du juste nécessaire pour lui permettre de faire face aux dépenses mensuelles et d’assurer sa survie.

La débâcle du Parti Démocrate ne date cependant pas de 2016. En 2008, l’espoir de toute une génération, le sénateur Barack Obama, semblait vouloir amener un changement du mode de financement de la vie politique à travers son concept novateur des petites contributions via internet et sa campagne « grassroot », « Obama for America ». Une fois élu toutefois, les bonnes résolutions furent vite oubliées. Le président prit grand soin de marginaliser son organisation, jusqu’à lui interdire tout activisme, dans le souci de ne pas contrarier les démocrates conservateurs (blue dog democrats) et leur puissants donateurs. (The Intercept)

Une preuve que le président se moquait éperdument de son parti agonisant fut la nomination, en 2010, de la présidente Debbie Wasserman Schultz qui, par ailleurs, il détestait copieusement, mais qu’il avait laissé en place tout de même pendant six ans L’incompétence de la dernière et le manque de soutien de la part du président ont fait le reste.

Soudainement, en 2016 Obama commençait à s’intéresser à nouveau aux siens, en plaçant à la présidence du DNC son ancien secrétaire au travail, le malléable Tom Perez, contre le candidat progressiste Keith Ellison, soutenu par Bernie Sanders. (The Intercept)

Sous le règne Clinton, le parti était devenu par ailleurs une sorte de blanchisseuse d’argent, contournant la limite maximale des donations en faveur d’un candidat à un mandat politique, fixée à USD 2'700.00 par individu par la FEC (Federal Election Commission). Cette limite est toutefois beaucoup plus élevée pour des dons en faveur des partis politiques et leurs sections. Celui qui avait donc épuisé son quota en faveur de la candidate Clinton pouvait faire une contribution, plus généreuse, en faveur du parti dans son état, cumulant à volonté sa mise.

En temps normal, une importante partie de ces fonds aurait été retenue par les sections régionales en vue de la campagne présidentielle, une fois un candidat élu. Vu l’accord Clinton en vigueur, 99% de ces donations prirent le chemin direction le QG de la campagne Clinton à New York dans le quartier de Brooklyn.

Curieusement c’est précisément à Brooklyn, au mois d’avril, juste avant les élections primaires newyorkaises où le « New York City Board of Elections » avait supprimé, illégalement, comme vient de le constater le Département de Justice, les noms de 120’000 électeurs, New York où le sénateur Sanders disposait d’une des bases de supporteurs les plus importantes.

Sans doute, la fondation Clinton, une œuvre caritative, est restée totalement à l’écart de la vie politique d’Hillary Clinton, danger de conflit d’intérêt oblige. On se demande d’autant plus quelle mouche a piqué le Parti Républicain américain d’ouvrir une enquête parlementaire à l’encontre de l’ancien président Barack Obama et sa décision, en 2013, sans doute fort du soutien de sa Secrétaire d’Etat (21.01.2009 - 01.02.2013), d’approuver la vente du groupe minier canadien Uranium One à Rosatom, l’agence fédérale de l’énergie atomique russe. Peut-être parce que cette transaction donne aux russes l’accès à 20% des réserves américaines d’uranium. http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2016/05/08/la-fondation-clinton-la-charite-et-l-uranium-kazakh-276004.html

Interrogés sur les révélations de Mrs. Brazile, l’establishment démocrate se cache derrière son petit doigt. Debbie Wasserman Schultz trouve qu’il y a des « problèmes plus urgents à régler », le directeur de campagne d’Hilary Clinton, Robby Mook ne s’intéresse pas « à ces événements du passé et préfère se tourner vers l’avenir », Nancy Pelosi, ancienne présidente démocrate de la chambre des représentants pense qu’il faut « se concentrer sur ce qui est vraiment important pour notre pays, tel que les élections de mi-mandat, se tourner vers l’avenir, et que, de toute façon, elle n’était pas impliquée dans le processus des élections primaires ». Chuck Schumer, chef des démocrates au sénat, « n’a pas suivi les événements de 2016 et n’a pas lu le livre de Donna Brazile ».

Si ce cas éclatant de corruption n’avait pas empêché l’élection d’un candidat, Bernie Sanders, capable de gagner les élections présidentielles, face à un adversaire qui est maintenant le président le plus dangereux que le monde ait connu à ce jour, on pourrait se contenter de simplement regretter ces événements.

Ce détachement des partis politiques de leurs électeurs on peut le constater également en Europe. Il est le prélude de leur inévitable dissolution. Ce qui viendra après, on ne le sait pas encore avec précision.

19:11 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

23/10/2017

A l’ouest, rien de nouveau

L’indignation est à son comble. Pas un jour passe sans que les frasques du président américain outragent les médias qui n’en peuvent plus d’un tel comportement, absolument inadmissible. Le jeune et dynamique président français, fervent européen, supprime un à un, tranquillement, les acquis sociaux, fruits de luttes ouvrières centenaires, ce qui n’est pas bien. La premier ministre anglaise pacte avec l’extrême droite pour rester au pouvoir, à l’instar du jeune et dynamique futur chancelier autrichien, qui, lui pacte pour prendre le pouvoir, ou la chancelière allemande qui elle, pacte avec n’importe qui. Peu lui importe finalement. Et maintenant cela. Un ponte de l’industrie cinématographique américaine se serait livré à l’abus de pouvoir pendant trente ans. Là encore, l’indignation.

Quand les médias auront fini de s’indigner et commenceraient à se livrer à l’analyse, on sera plus avancé.

Presque dix ans ont passé depuis que le dernier choque financier a ébranlé le système, le statu quo, la pensée unique, mais les racines du mal vont plus profond à chaque secousse. L’arrivée au pouvoir du messie, le FDR du 21ème siècle, favori des médias, 44ème président de la, encore, première puissance économique, le jeune et dynamique Barack Obama, n’a finalement pas produit le changement escompté. Pire ! La situation s’est considérablement aggravée.

En voulant ménager le chou et la chèvre, le parti républicain et les puissants contributeurs au parti démocrate, le complexe militaro-industriel, l’industrie pharmaceutique et, last but not least, la finance, le président du paraître a permis l’extension de la présence militaire américaine dans le monde, produisant par la même occasion un flot de refugiés de guerre sans précédent vers l’Europe, causant la montée en puissance de forces politiques fascistoïdes avec lesquels les partis politiques établis seront dorénavant amené à pacter, et laissé un système financier proche de l’implosion.

Après tout, l’utilisation, plus discrète, de drones pour la « traque aux terroristes » a permis de limiter les pertes de soldats américains, c’est mieux pour l’image, et le « Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act » dont l’objectif eût été « la stabilité financière par la responsabilisation et la transparence du système financier, dans le but de protéger le contribuable de sauvetages bancaires avec des deniers publics, et des pratiques abusives des services financiers », a permis de bien faire marrer Wall Street.

Selon un article du « Los Angeles Times » datant de septembre 2016, le groupe financier californien, Wells Fargo, la troisième plus importante banque américaine, avait ouvert, entre 2011 et 2015, 2,1 million de comptes bancaires fictifs aux noms de ses clients, a leur insu, dans le but de générer des commissions injustifiées. Pour la petite histoire, en 2015, les 3 plus grandes banques américaines ont généré la modique somme de 5,1 mia USD en « frais divers », facturés à leurs clients

La vénérable « Wells Fargo » a finalement consenti, en 2015, après 5 ans de combat judiciaire et 3,3 mia USD dépensés en frais d’avocat, au paiement d’un dédommagement de 414 mio USD à ses clients et une amende de 185 mio USD.

Qu’en est-il deux ans plus tard ? Le 3 octobre dernier, le PDG de la banque, Tim Sloan, s’est rendu devant le comité bancaire du sénat américain pour témoigner des mesures que sa banque aurait prises pour améliorer la transparence.

Le nombre de « faux comptes » a, entre temps, grimpé à 3,5 mio et un autre scandale a fait surface, celui des assurances voiture. Engagée également dans le business du leasing, Wells Fargo aurait forcé 800'000 de ses clients à conclure des assurances auto supplémentaires et inutiles. Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, initiatrice du « Consumer Financial Protection Bureau » (CFPB) membre du comité bancaire du sénat, chargée de l’implémentation du « Dodd-Frank Act » trouve que Mr. Sloan devrait quitter son poste. C’est violent. Sous la présidence Obama aucun responsable d’aucune institution financière n’a passé ne serait-ce qu’une journée en prison.

En la matière, l’Europe n’est pas en reste. Sans doute, faute d’inspiration, on copie l’original. Après près de dix ans d’enquête sur la faillite frauduleuse de la banque munichoise « Hypo Real Estate », un « dommage collatéral » du scandale des « subprimes », un produit américain, qui a coûté 17 mia EU au contribuable allemand, le procès contre son PDG Georg Funke s’est enfin ouvert le 20 janvier dernier et la cour bavaroise vient de rendre son verdict: Herr Funk est condamné à une amende de 18’000 EU, à verser à une institution caritative.

Le ministère public explique sa décision. Vu l’approche du délai de prescription, le temps imparti à la justice pour récolter suffisamment de preuves manque. Les avocats de Monsieur Funke ont réussi a faire durer le suspens. A la défense des magistrats il faut souligner qu’à l’instar de la justice française, la justice allemande manque cruellement de moyens, une conséquence de la politique d’austérité du gouvernement Merkel.

Georg Funke, qui vit des jours heureux sous le soleil de Mallorca, ne compte pas en rester là. Son cabinet d’avocat annonce d’ores et déjà vouloir obtenir de l’état allemand, pour son client, une compensation de 3,5 mio EU et une rente mensuelle de 47'000 EU.

Et le ponte de l’industrie cinématographique américaine, obsédé sexuel, dans tout cela ? Une logique, acceptée par tous, inclus les médias, celle de la justification implicite de l’abus de pouvoir par le système néolibéral, modèle de société contemporain.

08:22 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

02/10/2017

Harvard, orwellienne jusqu’au bout

« Rejoignez un vibrant milieu académique qui réunit penseurs et faiseurs du monde entier, engagés pour le bien public ». La « Harvard Kennedy School of Government » annonce la couleur sur son site internet.

Dans cet esprit et « dans le but d’élargir la portée et la profondeur des possibilités, offertes à nos étudiants, nous sommes soucieux d’accueillir un spectre aussi large que possible d’opinions diverses et contradictoires sur des sujets tels que la politique et les médias, indépendamment de toutes races et genres. Ainsi nous avons décidé d’élargir notre liste de « fellow visitors » pour l’année universitaire 2017/18 par à une dizaine de participants supplémentaires. » (Bill Delahunt, directeur).

Sur cette liste figurait, entre autres, l’ancienne analyste militaire de la CIA, Chelsea Manning, condamnée à 35 ans de prison par un tribunal militaire, et graciée « in extremis » par l’ex-président Barack Obama, pour avoir divulgué à l’organisation non gouvernementale « Wikileaks » en 2010 une série de documents classifiés, néanmoins compromettants, de l’armée américaine, On y trouvait, entre autre, une vidéo, montrant un raid aérien de soldats américains, du 12 juillet 2007 à Bagdad, ouvrant le feu à la mitraillette sur un groupe de civils depuis un hélicoptère Apache, tuant 18 personnes, dont deux reporters de l’agence Reuters, ainsi que les « Afghan War Diaries » révélant l’étendue du nombre de civils, tués dans cette guerre d’usure.

On ne peut pas s’empêcher, à cette occasion, de penser à « My Lai », ce village vietnamien, théâtre d’un massacre, commis par des soldats de l’armée américaine pendant la guerre du Viet Nam, causant la mort de près de 500 civils, ou de « No Gun Ri » en Corée du Sud, où, en début de la guerre de Corée, près de 400 civils furent tués sous le feu nourri de l’armée américaine pendant trois jours. Le premier événement fut rendu public par le journaliste d’investigation Seymour Hersh (Prix Pulitzer) en 1969. Seymour Hersh avait par ailleurs écrit un des premiers articles dans le « New Yorker » sur les atrocités commises dans la prison iraquienne « Abou Ghraib » par des soldats de l’armée américaine. En ce qui concerne l’événement coréen, le Pentagone avait continué à nier son existence jusqu’en 1999. Le « perpetuum mobile » de l’histoire.

Chelsea Manning figurait donc sur la liste de l’université, « engagée pour le bien public », pour une courte durée du moins, car son doyen, Douglas Elmendorf, a finalement décidé d’annuler l’invitation en s’excusant d’une « erreur ». « Je comprends que le public considère que le titre de « fellow visitor » doit être un honneur particulier. Pour cette raison, nous devrons, à l’avenir, peser son attribution de manière plus scrupuleuse ».

« What happened ? », demanderait Hillary Clinton. Il se trouve que, Michael Pompeo, directeur de l’agence de renseignement, CIA, également annoncé en tant que « guest speaker » a préféré annuler sa venue par « loyauté envers les officiers de la CIA, ne voulant pas assister à un événement qui accorde la parole à une traitresse à la patrie », ainsi que Michael Morel, ancien directeur de l’agence, qui retire même son adhésion en tant que membre de l’institution vénérée en déclarant : « J’ai une obligation envers ma conscience, et, en effet, envers à ma patrie de défier tous efforts qui tentent de justifier le piratage de documents, vitaux à la sécurité nationale.»

On connaît Michael Morel en tant que soutient inconditionnel à la politique « antiterroriste » des administrations Bush et Obama et les programmes de torture de l’agence, déclarés illégaux par la « Cour Européenne des droits de l’homme », des prisons secrets autour du monde, ainsi que le programme de « extraordinary renditon » qui prévoyait le transfert de prisonniers de pays en pays, hors juridictions internationales en matière d’extradition, pour mener des interrogatoires dans des « conditions optimales » (John Kiriakou, lanceur d’alerte, ancien agent de la CIA, condamné à la prison pour avoir divulgué, entre autre, la pratique du « waterboarding » au New York Times)

Dans ce contexte, il est utile de rappeler que le sénat américain vient d’approuver, avec la complicité des députés démocrates, un budget militaire annuel de près 700 mia USD avec 89 votes pour et 8 contre, ce qui représente une augmentation de 80 mia USD par rapport à l’année précédente, 26 mia USD de plus que ce que le président avait demandé, 10 fois le budget militaire russe et le triple de celui de la Chine. 60 Mia USD seront consacrés à la guerre en Afghanistan, l’Iraq et la Syrie. Cette augmentation se compare à la revendication du sénateur Bernie Sanders pour une éducation publique gratuite qui coûterait 47 mia USD.

L’armée américaine lance actuellement une importante campagne de séduction dans les écoles publiques. « Il vaut mieux que ces jeunes entrent chez Uber » ou à l’armée « que de s’adonner au trafic de drogue. » Fin d’une citation bien connue

Il faut se rappeler que la célèbre université « engagée pour le bien public » et, en effet, toutes les autres universités prestigieuses aux Etats-Unis, sont des institutions privées qui profitent néanmoins d’un statut particulier quant à la contribution au « bien public ». Elles ne payent pas d’impôts, ni de TVA, ni d’impôts sur le revenue, ni de taxe à la propriété.

Il se trouve que l’université de Harvard, fondée en 1636, dispose d’une confortable fortune de 37 mia USD, fortune gérée jusqu’à peu par de poussiéreux comptables dans les bureaux du campus. Mais, la modernité à également trouvé son entrée dans le temple du savoir, ou plutôt du pouvoir. Dorénavant ce sont les brillants managers des plus grands « hedge funds » qui mènent le bal.

Selon un article du New York Times en 2015, l’université de Yale a dépensé pas moins que 480 mio USD en frais de gestion en une seule année, chiffre qui se compare aux 270 mio USD dépensés en programmes d’aide aux étudiants. Par ailleurs, 75% de la fortune des universités américaines est détenu par 4% des écoles les plus importantes (Harvard, Princeton, Yale etc.). (Richard Wolff) La concentration du capital ne s’arrête pas devant le système éducatif. Il n’est donc pas étonnant que ces institutions vénérées sont redevables au système.

Une récente étude, « Equality of Opportunity Project », menée par des professeurs des universités de Harvard, Stanford et Brown révèle que les meilleures universités américaines accueillent plus d’élèves appartenant à 1% des classes économiquement les plus favorisées que ceux des 50% les moins favorisées.

Pendant des décennies des gouvernements américains, démocrates ou républicains, avaient favorisé le modèles de l’éducation privée ou des « chartered schools », écoles privés subventionnées, s’appuayant sur de nombreuses études, faisant état de meilleurs résultats du système privé vs l’école publique.

Que ce soit le secrétaire à l’éducation de l’administration Obama, Arve Duncan (« no child left behind « 2009 – 2015), un ardent défenseur des « chartered schools » (Arve a rendu un meilleur service à notre système d’éducation, utilisant parfois la manière forte, que n’importe quel ministre avant lui / Barack Obama, ex-président) ou l’actuelle ministre Betsy Devos, milliardaire, qui a utilisé sa fortune personnelle pendant toute sa vie pour promouvoir le système éducatif privé, en mettant l’accent sur le fondamentalisme chrétien, bannissant l’homosexualité et le rapport sexuel avant le mariage et en faisant l’apologie du créationnisme.

Une récente « contre-étude », si on peut dire, arrive à la conclusion inverse, expliquant du même coup pourquoi toutes ces études, néolibérales, arrivent à la même conclusion. Il se trouve que les données utilisées dans ces études datent d’il y a cinquante ans et que la raison pour laquelle les écoles privées y montrent de meilleurs résultats n’est pas qu’elles soient meilleures, mais parce que leurs étudiants viennent de milieux aisés qui offrent un meilleur soutient éducatif. En outre, toutes les écoles privées se trouvent dans les quartiers prospères loin des quartiers défavorisés.

Cette récente étude est publiée par deux professeurs de « University of Illinois », Christopher et Sarah Lubiensky, sous le titre « The public school advantage », « Why public schools outperform private schools ». Centrée sur les mathématiques, l’étude a analysé 13’000 écoles privées et « charter schools », utilisant des tests standardisés, rédigés par « National Assessment of Educational Progress » NAEP, une institution mandatée par le congrès américain, évaluant des élèves ayant un contexte social comparable.

Comme le titre le suggère, les travaux du couple Lubiensky, démontrent que les résultats du système éducatif public sont supérieurs aux résultats des écoles privées et ils livrent également l’explication.

Les écoles publiques ne se trouvent pas en compétition avec les autres écoles, car les élèves la fréquentent parce qu’ils habitent tout simplement à proximité. Puisque les écoles privées subissent la compétition, elles utilisent l’essentiel de leurs ressources pour attirer de nouveaux élèves, plutôt que de se concentrer sur les derniers développements et connaissances en matière d’éducation. Elles sont focalisées sur le marketing, soucieuses de convaincre les parents, qui, eux ont souvent leurs propres idées du genre d’éducation qu’il faudrait à leur progéniture pour entrer au collège ou pour décrocher un poste bien rémunéré.

Avec une secrétaire à l’éducation comme Betsys Devos, ainsi que ses homologues, idéologues, aux manettes du pouvoir, au Royaume Uni et maintenant également en France, avec un ministre de l’éducation nationale, lui même ancien doyen d’une petite « Harvard Business School » à la française, le système éducatif privé, copieusement subventionnée par les deniers publics, a encore de beaux jours devant lui.

Plutôt que d’inviter des « traitres à la patrie » il peut donc continuer à donner la parole à des gens comme Sean Spicer, sulfureux et éphémère porte parole de l’administration Trump, remercié après 6 mois de fidèles et loyaux services, Robert Mook, directeur de campagne aux services d’Hillary Clinton, qui, en tant que candidate se trouvait face à un adversaire qui était à 37% d’opinions favorables dans les sondages, Corey Lewandowski, directeur de campagne de l’actuel président, connu pour ses interventions musclées contre la presse et des manifestants, remercié par le candidat Trump au mois de juin 2016, Mika Brzezinski et Joe Scarborough, journalistes, animateurs de l’émission matinale d’information de la chaîne MSNBC « Morning Joe », source d’information « mainstream » qui, comme ses concurrents CNN et Fox News, montrait lors de la campagne des primaires sur leurs écrans, pendant trente minutes, un podium vide, attendant le candidat Trump, qui ne s’était finalement jamais montré, pendant qu’à l’autre bout du pays parlait le candidat démocrate Bernie Sanders devant plus de 10'000 spectateurs.

Tout ce beau monde figure donc, à côté de Chelsea Manning, en tant que « guest speakers » de l’année scolaire 2017/18 de « l’université engagée pour le bien public ».

08:24 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |