11/07/2018

Political theater

C’est ainsi qu’appelle l’économiste américain Richard Wolff les récentes gesticulations diverses et variées du président des Etats-Unis, et en effet on pourrait ajouter, celles des leaders européens, révélant de manière crue le réel enjeu de ces vitupérations de ce côté de l’Atlantique ou de l’autre, la survie politique de chacun d’entre eux.

En toile de fond, l’émergence de la Chine en tant que puissance économique. Fidèle à la maxime du dernier grand dirigeant chinois, Deng Xiaoping, mort en 1997, (Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris), l’empire du milieu s’est hissé en moins de trente ans à la deuxième place, dépassant le Japon en 2010, pour se positionner juste derrière les Etats-Unis, pour l’instant.

La “politique du chat et de la souris”, si on peut l’appeler ainsi, consiste à arbitrer entre l’état et le privé pour déterminer lequel des deux est plus efficace. Ainsi, la Chine avait décidé, sous l’égide de Deng Xiaoping, de construire une puissance économique en battant le capitalisme avec ses propres armes. En invitant les multinationales de la terre entière à transformer son pays, encore largement dominé par l’agriculture, en “premier atelier du monde”, il avait, du même coup réussi à vider de leur substance les bases industrielles de ses concurrents. Fallait y penser.

Certes, les conditions sous lesquelles s’était faite cette transformation furent quelque peu rudes, exode rural massif vers les centres de production côtières, sans aucune considération pour l’impact sociologique et environnemental, exploitation d’une main d’oeuvre docile et bon marché, taux d’imposition défiant toute concurrence, suppression de la liberté de presse etc. Tout à fait au goût des investisseurs.

La prochaine étape sera la redistribution de cette richesse dans le but de fortifier l’économie domestique et réduire la dépendance trop importante à l’export, et là il faut dire que les autorités chinoises ont montré de la doigté, notamment en matière de politique salariale. Entre 2008, lors de l’éclatement de la crise financière, et aujourd’hui, le revenu chinois per capita a augmenté de 2’000 USD à 8’000 USD par année, tandis qu’aux Etats-Unis et en Europe les salaires stagnent depuis quarante ans. Ainsi, en 2018 pour la première fois dans l’histoire, le volume du commerce de détail chinois dépassera celui des Etats-Unis, une conséquence directe de cette politique plutôt habile. Pas besoin d’un diplôme en sciences économiques pour deviner où les multinationales continueront à investir à l’avenir et où elles vendront leurs produits.

Bien entendu, le président américain sait tout cela, raison pour laquelle les récentes gesticulations en matière de punitions tarifaires et autres sottises sont de la politique politicienne domestique américaine. Cette éjaculation de testostérone vise à satisfaire sa clientèle américaine et à jouer les uns contre les autres. En imposant ces punitions tarifaires il ridiculise avant tout l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de pair avec ses partenaires européens qui, après près 40 ans ans de suivisme aveugle en matière de politique économique et de soumission docile à la Pax Amaricana se voient présenter la facture.

Nous vivons une époque du “sauve qui peut”. Ces mesures tarifaires, qui, par ailleurs toucheront surtout les multinationales américaines, étant donné que la moitié des produits en provenance de la Chine y sont également fabriqués par des entreprises américaines, ralentiront l’économie, et de l’autre côté la massive réduction de l’imposition des entreprises et grosses fortunes, qui commence à faire des petits en Europe, creuseront encore davantage le déficit budgétaire et augmenteront les besoins de financement de l’état au moment même où les taux d’intérêt commencent à augmenter à nouveau, suite à l’arrêt de ce qu’on appelle le “quantitative easing” par la Réserve Fédérale depuis 2014, le rachat de titres gouvernementaux, et la revente active de ces titres sur le marché depuis septembre 2017.

La dette cumulée de l’état américain a ainsi doublé depuis le début de la présidence Obama, coïncidant avec la crise financière de 2008, pour atteindre 21’000 mia USD aujourd’hui, dont 14’700 mia USD est détenue par le public, dont la moitié par des gouvernements et investisseurs étrangers. La Chine détient 1’190 mia USD, le Japon 1’040 mia USD, suivi par l’Irlande avec 318 mia USD, le Brésil avec 286 mia USD, la Grande Bretagne avec 264 mia USD, le Luxembourg avec 222 mia USD, la Suisse avec 245 mia USD, les Iles Cayman avec 243 mia USD et la Belgique avec 126 mia USD. Hong Kong, Taiwan, l’Inde et l’Arabie Saoudite détiennent chacun entre 151 et 196 mia USD.

La Chine et le Japon sont ainsi devenus les banquiers des Etats-Unis, finançant les importations des consommateurs américains, un peu comme l’Allemagne le fait avec la Grèce, avec la notable différence que les Etats-Unis ont le privilège de pouvoir s’endetter dans leur propres monnaie à volonté.

Tout cela ne serait pas si grave si les autres acteurs de l’économie se portaient bien, financièrement parlant. Toutefois, il se trouve que le niveau d’endettement des sociétés américaines est à un niveau historique, car les décideurs et créateurs d’emploi ont profité de dix ans de crédit à taux zéro pour racheter les actions des entreprises dont ils sont en charge, chargeant les bilans avec une montagne de dette, dans le but de profiter personnellement de l’augmentation de la valeur boursière des actions, car une part importante de leur salaire est versée sous forme d’actions et options sur actions.

Et les salariés américains dans tout cela ? En 2017 80,4 mio employés ont touché un salaire horaire représentant 58,3% du salaire moyen, la population des Etats-Unis étant de 325 mio d’habitants. Un rapport de NLIHC (National Low Income Housing Coalition) révèle qu’aucun employé américain qui touche le salaire minimum ne peut s’offrir un appartement de deux pièces, peu importe dans quel Etat ou quelle ville et 40% des américains sont incapables de faire face à une dépense inattendue de 400 USD. Le niveau d’endettement des ménages a atteint un niveau absolument préoccupant, 4’000 mia USD pour le crédit à la consommation, en augmentation de 47% depuis la crise de 2008 et 1’480 mia USD en prêts étudiants, en augmentation de 700%.

Le bloggeur, avocat et commentateur politique populaire Mark Bruenig vient de publier, sur le site du think tank “People’s policy projet”, associé à la plateforme “Patreon”, une étude qui démontre qu’une famille américaine dont le père ou la mère a moins de 35 ans dispose d’une fortune nette, médian, de 1’250 USD, en baisse par rapport aux 7’846 USD en 1995.

Les médias américains parlent de reprise économique faisant défiler des statistiques économiques multicolores, tels que le taux de chômage censé se situer à 4%, un niveau historiquement bas, mais qui en réalité devrait se situer plutôt proche de 10% ou 20% si on incluait les 96 mio de citoyens qui n’ont plus droit aux allocations de chômage et ceux qui ont abandonné les recherches (U6 measures).

Il y a en Europe des gouvernements qui voudraient appliquer la même politique économique que les Etats-Unis, certains l’ont déjà fait, d’autres commencent. Les “laissés pour compte” du parti fasciste AFD, actuellement sur le point de dépasser les sociaux-démocrates selon de récents sondages en tout cas sont entrés avec fracas au Bundestag au mois de septembre 2017 avec un score de 12,6%. Par conséquent, en Europe, les dirigeants utilisent un autre écran de fumée, la supposée crise migratoire, partiellement causée par la Pax Americana, les Etats-Unis étant actuellement impliqués dans des conflits armés dans plus de 70 pays, or le nombre de migrants, on parle d'environ 200'000 par année, est, si on compare le chiffre avec la population européenne, qui compte près de 500 mio d'habitants, un pétard mouillé.

En ce qui concerne le capital, il observe. La droite libérale européenne semble actuellement perdre des points tandis que la droite extrême semble en gagner. Comme pour la Chine, il n’aura pas d’état d’âme.

15:11 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

26/06/2018

Par exemple Amazon

La ville de Seattle dans l’état de Washington abrite sur son territoire quelques unes des plus importantes entreprises américaines, dont la multinationale informatique Microsoft, l’entreprise de commerce électronique Amazon et la chaîne de cafés Starbucks, pour ne nommer que les plus connues. Cet essor économique, la ville le doit au succès du technopôle “Sillicon Valley”, situé dans la baie de San Francisco, qui, après l’éclatement de la bulle internet, a retrouvé ses couleurs.

La société Amazon, fondée en 1994, qui emploie actuellement 500’000 personnes à travers le monde, dont 40’000 dans la région de Seattle, peut s’enorgueillir d’avoir crée, en 2017, à elle seule, 130’000 nouvelles places de travail. Avec une capitalisation boursière qui frôle les 800 mia USD on peut parler d’un acteur économique d’un certain poids, et son fondateur, Jeff Bezos, qui dispose à lui seul d’une fortune personnelle de 140 mia USD, en augmentation de 40 mia USD depuis le début de l’année 2018 (40’000 mio USD), peut se vanter d’être l’individu le plus riche de la planète.

Il se trouve que la ville de Seattle, à l’instar de la ville de San Francisco, est confrontée à un sérieux problème, un dégât collatéral de cet essor économique en quelque sorte, une crise du logement sans précédent. Selon une étude de l’association NLIHC (National Low Income Housing Coalition) un individu devrait disposer d’un salaire annuel de 61’000 USD pour pouvoir se payer la location d’un appartement d’une pièce plus cuisine au centre de Seattle. Près de la moitié des habitants de la région du comté de King dépensent ainsi plus d’un tiers de leurs revenus en frais de logement.

Considérant que le salaire moyen d’un employé de la société Amazon s’élève à 28’500 USD par année, on comprend aisément qu’il n’est pas éligible pour un appartement à Seattle. Pour arriver à joindre les deux bouts, comme on dit en langage populaire, l’Etat vient en aide aux plus démunis, dont bon nombre sont salariés de la firme. En effet, le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program), un programme alimentaire fédéral, doté d’un budget annuel de 70 mia USD, fournit une assistance aux personnes et familles à faibles revenus sous forme de “bons de repas” ou “food stamps”. Dans l’état d’Arizona par exemple, un tiers des employés d’Amazon sont au bénéfice de ce programme gouvernemental, dans d’autres états le chiffre est plus proche de 10% (The Intercept).

D’ici 2021, Amazon occupera 50% du marché de la distribution online aux Etats-Unis, dont la distribution de repas pour les plus nécessiteux, un marché intéressant. Cette expansion est partiellement financée par d’importants allègements fiscaux (The Intercept). Dans ce domaine Amazon sait déployer des efforts de persuasion considérables, notamment contre le prélèvement de la TVA sur ses produits, en vain, pour l’instant. En dehors des Etats-Unis toutefois la bataille continue. En Australie par exemple, Amazon menace de refuser aux consommateurs l’accès à son site, objectant une loi qui oblige les distributeurs online de prélever la TVA. (Financial Times)

Quoi qu’il en soit, Amazon ne manque pas d’arguments pour faire plier les plus progressistes des élus. Pour ne prendre qu’un exemple des moyens de pression dont dispose la firme, la future construction de son deuxième QG sur sol américain. Courtisée par de nombreuses villes et états, se portant candidats, offrant des allègements fiscaux et autres aménagements à tout va, Amazon a l’embarras du choix. Ainsi l’état de Michigan propose sa capitale Detroit, durement touchée par la délocalisation de son industrie automobile, moyennant des allègements fiscaux de 4 mia USD. Seulement, le berceau de l’automobile ne se trouve même pas sur la liste des 20 finalistes (Financial Times). Ce jeu du chat et de la souris a atteint un nouveau paroxysme de l’absurdité avec un épisode qui se joue ces jours dans sa ville natale, Seattle.

Il se trouve que dans la région de la cité émeraude 11,8% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 10’000 dorment dans la rue chaque nuit. Pour venir à bout de ce problème, du moins partiellement, le conseil municipal a décidé, il y a un mois, d’instaurer une nouvelle taxe en faveur de ses citoyens sans abri, prélevée sur les bénéfices des entreprises enregistrant plus de 20 mio USD par année. Sous la pression des milieux économiques locaux, le projet de loi avait subi quelques modifications, notamment une réduction du montant de la taxe à 275 USD par employé et par année au lieu de 500 USD. Ce nouvel impôt aurait généré la modique somme de 48 mio USD par année en faveur des plus démunis.

Non contents de la réduction obtenue, une coalition sous l’intitulé “no tax on jobs” s’était formée sous la houlette d’Amazon et Starbucks, pour faire couler le projet une fois pour toutes. Chose promise, chose due, le conseil municipal s’est finalement plié aux exigeances des milieux économiques et a voté à l’unanimité, 7 voix contre 2, l’abrogation de la loi. La maire Jenny Durkan n’y était sans doute pas pour rien dans l’affaire. Les élections de mi-mandat s’approchant, son parti, le Parti Démocrate, a sans doute voulu se positionner. En faveur du statu quo.

Le prophète Karl Marx se serait délecté de ce cas d’école de l’autodestruction du capitalisme que représente la société Amazon. En effet, Amazon détruira Wal Mart. Les nombreux commerçants qui ont signé la pétition “no tax on jobs” ont fourni un soutient utile aux fossoyeur de la grande distribution par leur geste.

On pourrait mettre tout cela sur le compte de la destruction créatrice prônée par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter mais c’est beaucoup plus que cela. Avec la désintégration de l’Union Soviétique les académies des sciences économiques ont jeté Marx dans la poubelle de l’histoire pour de bon, or Marx et le système soviétique sont probablement aussi antinomiques que le travail et le capital. Marx est mort en 1883, la révolution russe eut lieu en 1917, il était donc trop tard pour qu’il donne son avis.

La pression sur les salaires dans le but d’accroître le rendement du capital tout en érodant le pouvoir d’achat des consommateurs, la base même du capitalisme, sa raison d’être, n’est pas une invention de Jeff Bezos qui, par ailleurs n’a rien inventé du tout. Ce qui se vérifie au niveau de l’individu se vérifie au niveau d’une nation. L’économie américaine est proche de l’implosion, c’est un secret de polichinelle. Après avoir détruit son industrie en la délocalisant en Chine, elle a, du même coup détruit son pouvoir d’achat. Donald Trump vient de s’en apercevoir.

12:27 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17/06/2018

A quoi sert le Parti Socialiste Suisse ?

Depuis les élections législatives de 2015, juste à temps, avant que le vent tourne, la Suisse a fini par rejoindre le concert du néolibéralisme ambiant, pour mieux assister à sa désintégration peut-être. Comme chez nos voisins français, la droite réactionnaire piaffe d’impatience pour brader l’argenterie et le Parti Socialiste Suisse, grande perdante de 2015, fait bonne mine à mauvais jeu, question de prestige. Il lui reste encore deux ministres à l’exécutif, otages d’une sorte de GROKO allemande (grosse Koalition) à la sauce suisse.

Ainsi, par la force des choses, pour faire passer des lois qui permettent à peu près de sauver la face, ses députés se convertissent en « dealmakers », pactisant avec la droite libérale, si nécessaire. Pourtant le PS suisse n’a jamais pris le virage de la « troisième voie » de Tony Blair et Gerhard Schröder, ce n’est donc pas le moment de s’y mettre. Quand les bourgeois trouvent un accord « formidable » il y a anguille sous roche. La Social-démocratie européenne l’a appris à ses dépens.

Drame en deux actes, librement inspiré de Milton Friedman, Acte I. Il se trouve que la Suisse est dans le collimateur de l’Union européenne et l’OCDE qui l’accusent d’être une profiteuse, pratiquant une politique fiscale racoleuse, à l’instar du Luxembourg, des Pays-Bas et l’Irlande et qui, en catimini, accumule des excédents commerciaux indécents, à l’instar de sa grande sœur, l’Allemagne,

Prise de court, une fois de plus, comme pour le secret bancaire, elle s’empresse donc, à la hâte, de mettre sur pied une législation fiscale des entreprises plus équitable, notamment à l’égard des entreprises suisses, jusqu’ici fortement pénalisées. La nouvelle législation du nom de « RIE III », la « Loi sur la réforme de l’imposition des entreprises », aurait donc dû voir baisser l’imposition des entreprises suisses et augmenter celle des 24'000 multinationales établies sur son sol, les fameuses créatrices d’emplois dont on entend si souvent parler. Comment faire pour ne pas trop les effrayer tout en camouflant les inévitables (?) pertes fiscales aux contribuables ?

Il faut adoucir la pilule et trouver un compromis bien de chez nous. Seulement, le faut-il vraiment ? La précédente révision de la loi sur la fiscalité des entreprises, « RIE II », la petite sœur, acceptée à une courte majorité de 20’000 voix par le peuple le 24 février 2008, grâce aux paroles rassurantes du ministre des finances de l’époque, conseiller en stratégie d’entreprises à ses heures perdues, Hans-Rudolf Merz, cause, depuis son entrée en vigueur, des pertes fiscales cumulées de 15 mia CHF selon des estimation de l’Union syndicale suisse, avec, à la clé un manque à gagner de 2 mia CHF pour le système de retraite par répartition AVS, car certains entrepreneurs préféraient se faire payer leur salaire sous forme de dividendes, exemptes d’impôt jusqu’en 2015, pour éviter les cotisations sociales. Après tout, pourquoi se seraient-ils privés de cette faveur que la loi leur accordait ?

L’urgente « RIE III », proposée par l’actuel ministre des finances du parti agraire UDC, Ueli Maurer, dont les estimations de pertes fiscales sont de l’ordre de 1,3 mia CHF supplémentaires par année (PS), a eu moins de chance. Saisie d’un référendum par le Parti socialiste elle a échoué devant le peuple à 60% le 12 février 2017. Fallait quand-même pas pousser trop le bouchon. Un à zéro pour la gauche.

Acte II. En septembre 2017 le ministre des affaires sociales Alain Berset, un socialiste cette fois, propose à son tour une réforme « light » du nom de « Prévoyance 2020 », celle du système de retraite par répartition AVS, mis à mal par le déséquilibre démographique dont la Suisse souffre. « Réforme light » parce que largement diluée sous la pressions de la droite majoritaire (augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 (pour la petite histoire, actuellement deux tiers des séniors prennent une retraite anticipée), hausse de la TVA, baisse du taux de conversion du système complémentaire de retraite par capitalisation, déterminant le niveau de la rente, etc.). Le référendum ne s’est pas fait attendre (bien que techniquement pas nécessaire à cause de l’augmentation prévue de la TVA dans le paquet, soumise au vote populaire obligatoire). La concurrence, si on peut dire, les mouvements syndicaux, ont fait couler la « chose » devant le peuple « illico presto » le 24 septembre 2017. Egalité.

Si vous avez vu « RIE III », ne ratez pas « PF 17 », le « Projet fiscal 17 », actuellement en consultation, la même chose en bleu. Seulement là, ce sont les sénateurs socialistes qui s’agitent pour marquer le point. Ainsi sort de la commission économique du Conseil aux Etats une proposition chaudement applaudie par à peu près tous les partis, de concert avec les milieux économiques. La solution : transformer deux fiascos en succès. Accrochez vos ceintures !

Etant donné que les deux projets de loi ont échoué devant le peuple on va les proposer à la vente en « package ». Pour « contrebalancer » les pertes fiscales d’un côté on renfloue le système de retraite en augmentant la cotisation salariale de 0,3, dont les employés paieront 0,15% et les employeurs 0,15%. Ainsi, les cotisations sociales serviront de subvention aux entreprises qui recevront en outre une compensation sous la forme d’une taxation plus clémente des dividendes qui seront dorénavant imposée à 50% de leur valeur au lieu de 70%. Pourquoi pas à 100% d’ailleurs ?

On augmentera également la contribution de la Confédération à l’AVS de 385 mio CHF par année, ardoise qui sera réglée par le contribuable. Tout ceci devrait rapporter 2,1 mia CHF par année à l’AVS, couvrant environ 40% de ses besoins. Les autres éléments de la malheureuse « RIE III » qui ont tant fait rire les électeurs seront plus ou moins repris par « PF 17 », pour l’instant.

Y a-t-il une vie après la gauche ?

Scrutant l’horizon politique européen on pourrait en douter. Le PS français n’est plus que l’ombre de lui-même, occupant encore 30 sièges à l’Assemblée National sous le nom de « Groupe Nouvelle Gauche » face aux 310 sièges du mouvement « REM » du président et les 101 sièges des « LR », la droite classique. Le SPD allemand a perdu, grâce à sa participation à la GROKO, plus de 10 millions d’électeurs depuis 1998 et se retrouve avec 17% d’intentions de vote, tendance à la baisse. En Espagne, le PSOE a perdu la moitié de ses sièges aux Cortes en 10 ans. Comme en Allemagne les sociaux-démocrates néerlandais s’étaient laissé embobinés en tant que partenaire minoritaire dans une GROKO dominée par les libéraux conservateurs. Ils sont actuellement en voie d’extinction. Et en Italie ce sont les « 5 étoiles » et la « Ligue du nord » qui mènent la danse

Aux Etats-Unis où se préparent actuellement les « mid-term elections » du 6 novembre prochain, les candidats progressistes qui se présentent actuellement au nom du « Parti Démocrate » se font systématiquement torpiller par l’establishment du parti. Bernie Sanders et son mouvement « Our revolution » nagent à contre-courant. Ce parti, infesté par l’argent des « Super-pacs », n’est pas prêt pour une introspection, bien au contraire.

Le 31 mai dernier, Dr. Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire « die Linke » au Bundestag, a accordé une interview au média online « Mediapart ». Confrontée avec l’amer constat que sur les 10 mio d’électeurs que le SPD a perdu en 10 ans son parti n’a finalement récupéré que 2, une bonne partie de ces gens est allé vers l’AFD, le parti fasciste, bien implanté au Bundestag maintenant depuis les dernières élections législatives, elle a décidé de lancer, avec son mari Oscar Lafontaine, malheureux ministre des finances sous Gerhard Schröder, un mouvement populaire de gauche, plutôt qu’un parti politique traditionnel avec ses structures rigides, à côté et en dehors de son propre parti, ouvert à tous, indépendamment de la couleur politique. Pour cela elle s’est largement inspirée du modèle de la « France insoumise ».

L’objectif serait de « faire pression sur les partis établis pour les obliger, le SPD en premier lieu, à faire une politique plus sociale ». Bonne chance !

11:59 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |