Le blog de Bruno Hubacher

  • Amnesty Multinational

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    Dans un article du 20 février dernier le responsable du ressort « International » d’un grand quotidien suisse exprime son indignation face aux « violations des droits de l’homme », perpétrées par le régime chaviste du Venezuela.

    « Selon « Amnesty International » écrit-il « le régime du président Nicolas Maduro utiliserait la torture et des exécutions sommaires pour faire taire ses opposants. Il serait donc urgent que la communauté internationale intervienne ». Pour appuyer son propos, le journaliste scandalisé en rajoute une couche sur le réseau social « Twitter » : « Les apologistes du président Maduro seront jugés par l’histoire », pour revenir à la charge le 2 mai lors du coup d’état manqué du « président intérim autoproclamé » Juan Guaido.

    Il a raison. Comment ne pas croire une organisation humanitaire dont se seul but est de faire le bien ?

    Fondée en 1961 à Londres, forte de 7 millions membres, « Amnesty International » est une organisation non gouvernementale dont les activités sont essentiellement dédiées à la protection des droits de l’homme à travers le monde. Dotée d’un budget annuel de 300 millions USD, elle est entièrement financée par les contributions de ses membres, enfin presque. On trouve tout-de-même un coup de pouce ici et là, du gouvernement britannique, du « Département d’Etat » des Etats-Unis, de la « Commission Européenne » ainsi que de la « Fondation Rockefeller », mais bon. (Wikipedia)

    Parmi les nombreux autres soutiens, notamment dans les milieux du « showbiz », on trouve, entre autres, le producteur de films américain, Harvey Weinstein, et sa société « The Weinstein Company » avec laquelle l’ONG avait co-financé un long-métrage sur la vie de la figure de proue de la lutte contre la politique d’« Apartheid » en Afrique du Sud, Nelson Mandela, sous le titre de « Long Walk to Freedom ».

    Lors de la première du film, en 2013, le célèbre « séducteur », par ailleurs militant pour de nombreuses autres causes humanitaires, telles que la recherche contre SIDA, la sclérose en plaque et le diabète, la lutte contre la pauvreté dans le monde, le soutien en faveur des femmes metteur en scène et tant d’autres, avait dit ceci : « Il est essentiel qu’un grand nombre de spectateurs s’inspirent de la vie de Nelson Mandela, dans l’espoir que le militantisme social amènera des changements positifs dans le monde. »

    Pourtant, il semblerait que ce qui amènerait de réels « changements positifs dans le monde », souhaités par Mr. Weinstein et Amnesty International, serait plutôt l’exercice démocratique libre par les peuples souverains, dans le but de déterminer leur propre destin. Mais voilà.

    Il se trouve que le mandat du président vénézuélien actuel découle du résultat des élections présidentielles du 20 mai 2018, lui donnant une légitimité par 68% des votants. Le taux de participation de 46% étant certes faible, en comparaison avec de précédentes élections, mais, toujours bien au- dessus de celui qu’on mesure habituellement lors d’élections européennes.

    Le bureau du « Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme », faisant part de ses préoccupations au sujet de présumées exécutions extrajudiciaires, le parlement européen adopte, le 8 février 2018, une résolution, 480 députés pour, 51 contre et 70 abstentions, demandant des sanctions économiques à l’encontre du gouvernement du président Nicolas Maduro.

    Le 23 mars 2018, un haut responsable des « Nations unis » annonçait que, finalement, l’organisation avait décidé de ne pas envoyer de commission spéciale d’observation des élections au Venezuela, sans fournir plus d’explications.

    Par ailleurs, le ministre vénézuélien des affaires étrangères, Jorge Arreaza, gendre du défunt président Hugo Chavez, avait fait parvenir une invitation formelle à son homologue européen, Federica Mogherini, à constituer une délégation européenne d’observation. Celle-ci n’avait pas donné suite non plus, invoquant des « difficultés à réunir » une telle commission. Finalement l’exercice fut mené à bien par un collectif de 150 observateurs internationaux.

    Certes, l’opposition vénézuélienne invoque l’exclusion du scrutin de certains partis, membres du MUD, majoritaire au parlement depuis les élections législatives de 2015, une coalition, fondée en 2010, rassemblant un groupement hétéroclite de partis politiques d’obédiences idéologiques diverses, droite conservatrice, démocratie chrétienne, libéraux et parties de la Social-démocratie, une sorte de coalition néolibérale, dont l’unique dénominateur en commun est l’objectif de renverser le parti bolivarien au pouvoir, le PSUV.

    La décision d’exclure certains partis de l’opposition du processus électoral fut basée sur une résolution de l’ »Assemblée nationale constituante », invoquant l’appel au boycott des élections municipales précédentes par certains membres du MUD.

    En réalité, l’opposition n’était pas à son coup d’essai, car le 3 mai 2016, le MUD avait déposé une pétition contre le président de deux millions de signatures, dont 700'000 furent attribuées, après vérification par le « Conseil national électoral » à des personnes décédées ou dépourvues de droits politiques, mineurs ou personnes incarcérées.

    On ne peut s’empêcher de comparer les sanctions imposées au peuple vénézuélien, saluées par la communauté internationale et « Amnesty International », aux sanctions économiques et bombardements humanitaires » à l’encontre de l’Afghanistan, l’Iraq, la Libye et la Syrie.

    Le 14 mai dernier, Erika Guevara-Rosas, directrice pour l’Amérique à « Amnesty International » a dénoncé « une importante détérioration des conditions de vie au Venezuela, due à un manque cruel de médicaments et de nourriture, ainsi que des violations systématiques des droits humains « probablement » perpétrées par le régime du président Maduro.

    Au sujet de la guerre en Syrie, autre théâtre de l’horreur, l’organisation humanitaire écrit ceci : « Ce pays est ravagé par la guerre depuis sept ans et nous demandons à la communauté internationale d’assumer ses responsabilités, les principes d’impartialité et d’indépendance étant pourtant inscrits dans la charte d’ »Amnesty International », et d’agir de toute urgence pour mettre un terme aux souffrances, infligées par le régime, à des millions d’innocents, faisant allusion, entre autre, aux attaques chimiques, imputées au régime syrien, notamment celles contre le quartier de la Ghouta à Damas en 2013 et la ville de Douma en 2018. »

    Il n’est pas inutile de rappeler, à cette occasion, que, une fois de plus, comme pour les précédentes attaques chimiques, imputées au pouvoir en place, (Seymour Hersh, journaliste d’investigation, lauréat du Prix Pulitzer, entre autre à l’origine de la révélation du massacre de My Lai, perpétré par l’armée américaine au Vietnam en 1968) la dernière en date est également débusquée par un rapport, fuité de l’« Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques » OPCW.

    Au sujet de l’allégation par l’administration américaine qu’une bombe chimique aurait été larguée par un avion de chasse de l’armée syrienne sur un hôpital au nord du pays, l’OPCW déclare, je cite : « Des observations faites sur place suggèrent que ces deux bombes y avaient été posées manuellement. »

    Le 22 mai dernier, selon un militaire russe, Kupchishin, cité par chaîne d’information russe RT « des militants syriens, capturés par l’armée russe, affirmeraient avoir été recrutés dans le but de mettre en scène des attaques chimiques dans les villes syriennes de Saraquib et Jarjanaz, dans le but de les imputer au régime de Bachar el-Assad. »

    Justement, à propos des « violations des droits de l’homme », parlons-en !

    Un récent rapport du « Center for Economic Policy Research » CEPR, basé à Londres, sous le titre « Des sanctions économiques en tant que punition collective, le cas du Venezuela » signé par les économistes Mark Weisbrot and Jeffrey Sachs, par ailleurs conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, démontre l’effet pervers de cette « punition collective » sur la population civile, sanctions, dont le peuple iraqien garde un souvenir plus qu’amer.

    En ce qui concerne l’aspect légal des sanctions économiques, imposées unilatéralement par l’administration américaine actuelle, et précédemment par l’administration du président Obama, cautionnées par l’Union Européenne, elles sont interdites par l’OAS, « Organisation of American States » dont les Etats-Unis sont signataire et membre, ainsi que par le « Droit humanitaire international » régis par une série de traités internationaux, signés par les Etats-Unis. Elles contreviennent également au droit américain, car elles se basent, faussement, sur un présumé état d’urgence.

    La stratégie militaire de l’asphyxie n’a pas été inventé par John Bolton, ni par Elliot Abrams, elle date du Moyen Age. Bien que le Venezuela soit assis sur les réserves pétrolières les plus importantes au monde, pour transformer ce pactole en devises, il faut un accès au système financier international, dominé par le dollar américain et l’euro.

    Ces sanctions économiques interdisent à toutes les banques américaines, ou banques étrangères installées sur sol américain, d’effectuer des transactions avec le Venezuela, ce qui restreint considérablement le champ d’action pour le gouvernement vénézuélien pour transformer le pétrole en devises, afin de régler les importations de médicaments et de nourriture. Pour l’année en cours, des estimations actuelles projettent une baisse des revenus pétroliers de 67% par rapport à 2018.

    Par ailleurs, dans un acte d’obéissance par anticipation, dont le gouvernement britannique est coutumier, les avoirs du gouvernement vénézuélien auprès de la « Banque d’Angleterre » sous forme de lingots d’or d’une valeur de 1,2 milliard USD ont tout bonnement été bloqués. Les gouvernements et citoyens des pays considérés comme « indélicats » se souviendront de la fiabilité du système financier britannique et réfléchiront à dois fois avant d’entrer en affaires avec les institutions de la « City ».

    Dû à une baisse des revenus pétroliers, les importations de nourriture du Venezuela ont baissé de 11,2 milliards USD en 2013 à 2,46 milliards USD en 2018, contribuant à une malnutrition générale, notamment chez les enfants. Selon une étude de l’ENCOVI (Encuesta Nacional de condiciones de vida), effectuées par trois universités vénézuéliennes, le taux de mortalité général a augmenté de 31% entre 2017 et 2018, ce qui représente une hausse de 40'000 décès.

    En outre, l’étude estime que 300'000 personnes souffrent actuellement de l’absence de traitements médicaux, dont 30'000 personnes souffrent d’infection du virus HIV, 16'000 personnes nécessitent des dialyses rénaux, 16'000 nécessitent des traitements contre le cancer et 4 millions de personnes souffrent de diabète et d’hypertension.

    Sans vouloir minimaliser les grandes réussites incontestables des organisations humanitaires, le risque qu’elles se laissent instrumentaliser augmente avec l’accroissement de leurs moyens et de leur influence. Elles contribuent ainsi, sans doute involontairement, à l’objectif des puissants, celui de réduire la contribution publique à la charité.

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  • En attendant la révolution

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    « Il faut que tout change pour que rien ne change. » C’est ainsi que le duc de Palma, Guiseppe Tomasi di Lampedusa, dépeint, dans son roman « Le Guépard », la fin de règne de l’aristocratie italienne, la classe sociale dont il était issu, et la passation du flambeau à la bourgeoisie montante, la perpétuation du féodalisme sous sa forme moderne, la démocratie parlementaire.

    Le mot « démocratie », cette forme d’organisation de la société, qui n’est pourtant pas mentionnée une seule fois, ni dans la déclaration d’indépendance de 1776, ni dans la constitution de 1787 de la référence en la matière, les Etats-Unis d’Amérique. Sur les 3 millions d’habitants de l’époque, seuls 750'000 avaient le droit de s’exprimer aux urnes, l’objectif des deux documents ayant été la proclamation de l’indépendance de la Grande-Bretagne d’une part, mais également le maintien du statu quo, la protection de la propriété des nouveaux maîtres. (Gore Vidal)

    Ainsi, au niveau européen, l’exercice démocratique veut que, tous les cinq ans, un des trois gardiens du temple de l’Union, sa branche législative, le « Parlement européen », appelle les 380 millions d’électeurs des pays membres aux urnes pour renouveler les mandats de ses 751 députés, les seules à être élus au suffrage universel, les deux autres piliers étant la toute puissante « Commission Européenne » d’un côté, et le » Conseil de l’Union européenne », aussi appelé « Conseil des ministres des états membres » de l’autre. Celle-ci a en outre le privilège de réunir les pouvoirs législatifs et exécutifs, tout-en-un.

    Pour la petite histoire, en tant que citoyen suisse on constate avec étonnement que, dans certains pays, le droit de vote est sujet à une inscription au préalable, parfois jusqu’à près de deux mois avant le scrutin, sur une liste électorale, comme si le simple fait d’être un citoyen majeur ne suffisait pas.

    Ce « garde-fou électoral », un parmi de nombreux autres, n’est pas sans rappeler le système électoral des Etats-Unis qui, outre l’inscription obligatoire dans un parti politique, dont il y en a deux à choix, refuse le droit de vote aux citoyens avec un casier judiciaire, dans un pays où le taux d’incarcération est le plus élevé au monde, devant la Chine.

    Dans cette même logique, les compétences du « Parlement européen » se limitent à l’acceptation ou le refus de projets de lois, issus de la Commission. Sont exclus du processus législatif notamment les décisions en matière de sécurité commune et les questions de politique étrangère. L’assemblée approuve, ou désapprouve le budget, sans pour autant avoir son mot à dire sur les recettes de l’Union, les impôts, compétences en mains, fermes, du Conseil et de la Commission. Le parlement élit le président de la Commission, dont le candidat est proposé par le Conseil. Celui-ci choisit les 28 commissaires des pays membres « en fonction de leurs compétences » et non en fonction des rapports de forces au parlement.

    Ces rapports de forces ne laissent par ailleurs que peu de doutes sur l’issue du scrutin, le statu quo. A droite du spectre un trouve les diverses formations nationalistes et identitaires, suivis du bloc de la droite néolibérale classique, le « Parti populaire européen » PPE, avec 218 sièges, suivi des Libéraux, des Socialistes et des Verts, tous engagés en faveur de la poursuite de la politique de l’ordo-libéralisme de l’offre. La seule formation qui préconise un changement de paradigme, la « Gauche unitaire européenne » détient de misérables 52 sièges. Vu l’urgence climatique, c’est peu.

    On pourrait s’offusquer du déficit démocratique des institutions européennes, l’abandon des électeurs par les partis politiques pendant les 20 dernières années est tout autant un facteur de l’abstentionnisme ambiant. La Social-démocratie européenne continue à soutenir le démantèlement de l’état social, les Verts européens continuent à adhérer au modèle économique néolibéral prépondérant du productivisme et à soutenir des interventions militaires, les partis qui affichent fièrement le « C » pour « chrétien » dans leurs appellations taillant allègrement dans les budgets de l’aide sociale. On comprend donc aisément que les électeurs ne votent plus. Par conséquent, ce seront, à terme, les mouvements populaires naissants, d’obédiences diverses, qui remplaceront les partis politiques. En attendant que celles-ci s’institutionnalisent, le paysage politique s’annonce tempétueux.

    Parallèlement, aux Etats-Unis, se préparent les élections présidentielles de 2020 et on comprend rapidement, en suivant les débats des primaires du Parti démocrate, qu’une éventuelle élection d’un candidat démocrate marquera un changement sensible au niveau de la forme et assurément la continuité au niveau du fond.

    L’ennemi du système, le candidat dissident du Parti démocrate, le sénateur Bernie Sanders, le résume bien lors d’un discours au Texas le 25 avril dernier en déclarant que, je cite « Je suis confiant qu’à la fin des élections primaires du Parti démocrate, peu importe que ce soit moi le gagnant ou mon adversaire, Joe Biden, ou n’importe lequel des autres candidats, nous verrons tous les démocrates se réunir pour vaincre le président le plus dangereux dans l’histoire de ce pays. » Avoir prononcé cette phrase à plus d’une année des « Conventions nationales démocrates » en dit long sur les chances de l’outsider, qui avait manqué une occasion de fonder son propre parti lors de l’annonce de sa candidature en juin 2015 à l’âge de 74 ans.

    Il ne l’avait pas fait à l’époque et encore moins aujourd’hui à l’âge de 78 ans, malgré s’être fait voler la victoire pas son adversaire Hillary Clinton, parce qu’il continue à craindre de subir le même sort que l’écologiste et avocat des consommateurs Ralph Nader, candidat à quatre reprises sous les couleurs du parti des verts, une dernière fois en 2000 contre Al Gore et George Bush. On pourrait objecter qu’à son âge cela vaudrait le coup d’essayer, quitte à courir le risque de terminer une carrière politique qui risque de prendre fin de toutes manières, une fin peut-être moins glorieuse.

    Il n’est pas inutile de rappeler que le candidat Joe Biden, ancien Vice-président et favori des médias, est entré en politique en 1973 en tant que sénateur de l’état de Delaware, siège de 950'000 entreprises internationales et de deux tiers des 500 entreprises américaines les plus importantes, pour une population d’à peine 1 million d’habitants.

    Favorable à toutes les interventions militaires américaines dans le monde depuis son entrée en politique, Joe Biden, est surtout connu pour avoir élaboré en tant que président du « Comité judiciaire et criminel du Sénat » le « Violent crime Act » un durcissement significatif du droit pénal, signé par le président Clinton en 1994, qui avait fait exploser le nombre de nouvelles constructions de prisons de 43% entre 1990 et 2005, faisant le bonheur de l’industrie pénitentiaire et faisant des Etats-Unis le pays avec le taux d’incarcération le plus élevé au monde.

    Aux Etats-Unis comme en Europe les dés sont pipés comme jamais et pour les progressistes le dicton « cause toujours tu m’intéresse » prévaut. En attentant, glisser un bulletin dans l’urne ne coûte rien.

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  • Creepy Joe

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    Le peuple ukrainien vient d’élire son nouveau président, Volodymyr Zelensky, avec plus de 70% des voix, un résultat sans appel. Ancien humoriste et producteur de cinéma, il prône la fin de la corruption. Pourquoi pas ? Les Etats-Unis furent bien dirigés par un acteur de cinéma entre 1981 et 1989. Architecte de la dénucléarisation russo-américaine et initiateur de la révolution néolibérale mondiale (L’état n’est pas la solution. L’état est le problème), Ronald Reagan, avait changé le monde comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait avant lui, pour le meilleur autant que pour le pire.

    La désintégration de l’ancienne Union Soviétique fut donc savourée par l’establishment américain tel un festin, notamment l’indépendance de l’état d’Ukraine, en 1991. Terre agricole fertile, riche en matières premières, celui-ci se présenta comme cible de choix.

    Toutefois, malgré d’importants financements européens et américains, censés apporter liberté et démocratie via un rapprochement avec l’Union Européenne, le développement économique de l’ancienne république soviétique s’avère compliqué. En 2013 le pays est proche du défaut de paiement, au point que l’Union Européenne refuse un crédit de 20 milliards USD, tout cela en dépit de toutes ces multiples et généreuses contributions « privées », dont celle de la fondation philanthropique newyorkaise « Carnegie Foundation » et, surtout, celle de l’« International Renaissance Foundation » partie intégrante de « Open Society Foundations » du milliardaire hongrois George Soros, co-financée via le groupe de réflexion « National Endowment for Democarcy » , à hauteur de 5 milliards USD entre 1990 et aujourd’hui, une fondation privée à but non lucratif, crée par l’administration de feu Ronald Reagan, financée par le congrès américain.

    « National Endowment for Democracy » NED, dont l’objectif déclaré est « le renforcement et le progrès des institutions démocratiques à travers le monde » se présente comme l’instigateur de la défaite électorale du gouvernement sandiniste du président Daniel Ortega en 1990 (de nouveau au pouvoir depuis 2007) face à sa rivale Violetta Chamorro, sous le règne de laquelle le Nicaragua amorça un déclin économique et social sans précédent. Entre 1990 et 2001 le Nicaragua recula de la 60ème position à la 116ème position mondiale en termes de développement économique, faisant de lui le pays le plus pauvre d’Amérique derrière Haïti selon le « Programme des Nations Unis pour le développement » PNUD.

    En 1996 un déploiement financier et logistique important de la part du NED avait grandement contribué à l’élection du président russe Boris Eltsine, alcoolique et docile. En 2002, un coup d’état contre le président vénézuélien Hugo Chavez avait échoué, un remake est actuellement en cours, en revanche, deux ans plus tard, en 2004, la chance sourit à nouveau avec un coup d’état réussi, renversant le gouvernement haïtien du président Bertrand Aristide. La prospérité en revanche se fait toujours attendre.

    Le 14 décembre 2013 le sénateur républicain de l’Arizona, feu John McCain, accessoirement président, entre 1993 et 2018, du groupe de réflexion « Republican National Institute » RNI, une institution très proche du NED, entame une visite de courtoisie en Ukraine, rencontrant les différents leaders des partis politiques, opposés au gouvernement pro-russe du président Viktor Ianoukovytch, notamment le chef du parti nationaliste d’extrême droite « Svoboda » de l’époque Oleh Tyahnybok. En politique il n’y a ni amis ni ennemis, il n’y a que des intérêts.

    Ce soutien précieux ouvrit la voie à la révolution populaire « Euromaidan » dont le déclencheur fut le refus du président Ianoukovytch de signer un accord d’association avec l’Union Européenne, accord qui aurait attribué à l’Ukraine le même statut qu’à tous les autres partenaires économiques de l’Union, et dont l’issue mena à l’exil du président en Russie ainsi qu’à sa condamnation par contumace.

    L’accession au pouvoir du président pro UE et pro OTAN, Viktor Iouchtchenko, en 2005, son remplacement par Viktor Ianoukovytch, le pro russe, en 2010, qui sera remplacé à son tour, par l’homme d’affaires et magnat du chocolat, Petro Porochenko, en 2014, suite au printemps libéral, « Euromaidan » de 2014, illustre bien le bras de fer géopolitique que se livrent l’establishment américain et les oligarques locaux sur le dos de la population.

    Dans ce contexte l’annonce de la candidature aux primaires du Parti démocrate par l’ancien Vice-Président Joe Biden, déjà considéré comme favori par les médias, envoyé spécial du président Obama, en charge du dossier « Ukraine », ravive des souvenirs d’une mission particulièrement délicate voir ténébreuse.

    Une apparition de « creepy » Joe du 23 janvier 2018 devant un parterre du groupe de réflexion (décidément), « Council on Foreign Relations » jette une autre lumière sur son activité ukrainienne. Joe Biden déclare à un public ébahi qu’il avait « menacé le président ukrainien Petro Poroshenko en mars 2016 avec l’annulation d’une garantie de crédit de 1 milliard de USD précédemment accordée par le président Obama », ce qui aurait potentiellement occasionné un défaut de paiement du pays, « s’il refusait de virer le procureur général Viktor Shokin ».

    « Je pars dans six heures pour les Etats-Unis, si d’ici là le procureur n’est pas viré vous n’aurez pas notre argent. », insistant que le président était au courant. « Eh bien, ils ont viré le fils de pute. Ils ont mis un autre à sa place, quelqu’un de plus convenable. »

    Il se trouve que Viktor Shokin, loin d’être monsieur propre lui-même, s’occupait à l’époque d’une investigation dans un cas de corruption impliquant la société ukrainienne d’exploitation de gaz « Burisma Holdings » dont le siège se trouve en Chypre et dans laquelle le fils de Joe Biden, Hunter, siège au conseil d’administration depuis le 18 avril 2014. Comme pour souligner son engagement, Vice-président Biden exhorta le gouvernement ukrainien de réduire sa dépendance en gaz russe lors d’un voyage en Ukraine le 22 avril 2014.

    « Burisma Holdings » détient 35 licences d’exploitation d’hydrocarbures, pétrole et gaz, en Ukraine. Tous les champs pétrolifères sont connectés à de gazoducs et 91% de sa production provient de la faille géologique Dnieper-Donets ou gisent les 82% des réserves en gaz naturel du pays. En outre « Burisma » détient 30% des réserves restantes. (Wikipedia)

    Selon le journaliste d’investigation John Solomon dans un billet, publié sur le site d’information américain « The Hill » le 1er avril 2019, la société de conseil « Rosemont Seneca Partners », dont Hunter Biden, ainsi que Devon Archer, ancien directeur de campagne du candidat démocrate à la présidentielle, John Kerry, est actionnaire, aurait reçu, entre 2014 et 2015, des paiements d’honoraires mensuels de la part de « Burisma Holdings » de l’ordre de USD 166'000.

    Dans une interview par écrit l’ancien procureur, Viktor Shokin, aurait confié au journaliste qu’à cette époque il était sur le point de convoquer l’ensemble du conseil d’administration de « Burisma Holding », inclus Hunter Biden, pour un interrogatoire. Après son licenciement la plupart des charges furent abandonnées.

    Toutefois, c’était sans compter avec son successeur, Yuriy Lutsenko. Celui-ci déclare au journaliste que certains éléments du dossier pourraient intéresser le procureur général des Etats-Unis William Barr. Celui qui vient d’enterrer « Russiagate ».

    Un adjoint au procureur Lutsenko confirme au journaliste américain que la réouverture du dossier était lieé aux remarques faites par Joe Biden lors de son intervention devant un parterre du « Council on Foreign Relations » au mois de janvier 2018.

    Il se trouve, en outre, que dans le cadre d’une investigation sans lien direct, les autorités judiciaires américaines ont découvert des documents faisant état de transferts en provenance de la holding ukrainienne en faveur de la société de conseil Rosemont Seneca entre 2014 et 2015 d’une somme de 3 millions USD.

    Affaire à suivre

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