23/08/2016

« Satyagraha », une philosophie porteuse d’avenir

« Satyagraha » est une expression du « Sanskrit », une langue autrefois parlée dans le sous-continent indien, qu’on pourrait traduire par « étreinte de la vérité » dont le principe est la non-violence par la désobéissance civile. Le concept fut réalisé la dernière fois avec succès par l’avocat et guide spirituel indien Mohandas Karamchand Gandhi, plus connu sous le nom de Mahatma Gandhi.

Cent-mille britanniques, stationnés dans le sous-continent indien, n’avaient finalement pas réussi à empêcher l’indépendance de 300 mio d’indiens. « En appliquant le satyagraha, j’ai découvert que la poursuite de la vérité n’admettait pas que la violence soit imposée à son opposant, mais que celui -ci doit être sevré de l’erreur par la patience » écrit le Mahatma (grande âme en sanskrit) dans ses mémoires. (Wikipedia)

Selon le biographe Mathias Eberling, Gandhi recherchait une sorte d’anarchie éclairée avec comme objectif l’abolition de l’état.

Ni l’anarchie, éclairée ou pas, n’est une solution pour les problèmes du 21 siècle, ni l’abolition de l’état, et encore moins la quête religieuse et spirituelle. Le principe de la non-violence par la désobéissance civile en revanche est d’actualité comme jamais.

La désobéissance, sans la composante religieuse gandhienne de la « joue tendue », mais non- violente tout de même, est à portée de main, grâce au progrès technologique et grâce à un accès démocratique à l’information.

Sous le titre « Ils ne répondent pas aux attentes du néolibéralisme » le quotidien allemand « Die Zeit » publie un article sur la désobéissance civile de la « Génération Y » américaine.

Ainsi, on apprend, que les jeunes américains rendent la vie difficile aux multinationales de l’automobile et aux banques, car ils achètent de moins en moins de voitures, en misant sur le co-voiturage et les transports publics et ne contractent plus de crédits hypothécaires auprès des banques. Ils n’ont plus envie de s’endetter jusqu'à la fin de leur vie et préfèrent renoncer à l’achat d’une propriété ou d'une voiture et garder leur indépendance. Le succès du jeune mouvement américain des « Tiny Houses » est un indicateur de l'intérêt croissant pour cette nouvelle conception de vie.

En 1985, la part des jeunes acquéreurs de voitures entre 21 et 34 ans représentait 38% des ventes. En 2016, ce chiffre tombe à 27%. Le nombre de permis de conduire des jeunes américains a baissé de 28% entre 1998 et 2008. Le nombre de jeunes, contractant un crédit hypothécaire, a baissé de 50% en dix ans.

Le néolibéralisme prône le libre choix et le libre marché. Les jeunes américains le prennent actuellement au mot. Ils choisissent. Ainsi, ils s’emparent des fruits du progrès, non distribués sous forme de salaires à leurs parents les derniers trente ans, et profitent d’une meilleure qualité de vie à moindre coût, au grand regret de l’industrie de l’automobile et des banques.

Le déclin de l’industrie de l’automobile et de l'industrie de la finance n'est guère à craindre pour l'heure, car il y restera toujours une clientèle friande de belles voitures et vastes propriétés en guise de marque de statut. Il ne s’agit donc nullement de porter un quelconque jugement de valeur sur une philosophie de vie ou une autre.

En revanche, le progrès mène, inévitablement, à une amélioration constante de la qualité de vie à moindre coût, ce qui contrevient naturellement au modèle d'affaires de l'industrie et au capitalisme per se. La peur de l’avenir, véhiculée par les médias, mérite donc une mise en perspective quelque peu différenciée.

La condition pour que le droit au libre choix de vie soit garanti à chacun, est une répartition équitable des richesses, qui elle n'est réalisable qu'à condition que chaque citoyen fasse valoir ses droits et remplissent ses obligations démocratiques en tant qu’électeur de son pays.

Pour garantir la liberté, il faut, contrairement à ce que prône le néolibéralisme, un état fort, contrôlé scrupuleusement par « le souverain », l’ensemble des citoyens. Cet état peut être « light », ce qui plairait au « neocons » mais il doit être juste. L’égalité des citoyens devant la loi et la liberté de penser, condition sine qua non, du vivre ensemble, et, au déplaire des « neocons », la répartition équitable des fruits du progrès.

La garantie d’un niveau de vie minimum pour chaque citoyen, proportionnel à celui des plus nantis, ajustable dans le temps, à l’image du multiplicateur salarial dont certaines entreprises disposent déjà est à ancrer dans la constitution. (droit au logement, droit à l’éducation, droit aux soins médicaux)

Les théories économiques, contrairement à ce que pense le néophyte lambda, n’ont rien de scientifique, car, prétendant pouvoir prédire l’avenir, ils font plutôt partie du domaine de la croyance, à l’instar des religions. Et, en matière de croyance, l’état serait bien inspiré de ne pas s’immiscer dans le débat.

Le débat religieux appartient aux églises, mosquées et synagogues, twitter et facebook. Il se trouve toutefois, que de nombreux hommes et femmes politiques contreviennent actuellement à cette règle, ajoutant de la confusion à la confusion et, surtout, faisant du tort à nos compatriotes, issus de religions qu’aucun d’entre eux n’a choisi, comme nous tous, et que la majorité pratique probablement aussi sporadiquement que la majorité des chrétiens la leur.

Quand le parti socialiste suisse annonce « une discussion sur la reconnaissance de l’islam en Suisse », on se demande de quel droit, les camarades s’expriment au nom d’une religion plutôt que d’une autre.

Nos hommes et femmes publics feraient mieux de consacrer leurs efforts à la réflexion, plutôt que de s'immiscer dans des discussions futiles sur des sujets religieux, pokémon ou le burkini. Un sujet en particulier mériterait le détour, le projet cohérent de la société de demain, projet qu'ils pourraient proposer à leurs électeurs. Simple suggestion.

11:01 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

17/08/2016

L’économie expliquée en « novlangue »

Le célèbre roman de l’écrivain anglais George Orwell, « 1984 », écrit en 1948, fut un avant-goût et vision d’horreur du communisme. Le communisme n’existe plus. Il a échoué. Pourtant, une réédition de l’ouvrage aujourd’hui s’imposerait plus que jamais, en guise de mise en garde contre le capitalisme cette fois. Les « -ismes » n’ont plus la cote.

Dans le roman d’Orwell, la novlangue (newspeak) ou « langue de coton » est la langue officielle dans l’état totalitaire d’Océania. Utilisée comme outil de propagande, la « novlangue » permet à l’état de faire taire toute critique à son encontre.

Le principe est simple. Dans le but d’éliminer les finesses d’une langue, on ampute son vocabulaire. On simplifie. Cette simplification élimine peu à peu les finesses linguistiques et rend de ce fait impossible toute différenciation et argumentation et, en l’occurrence, la critique et la contestation. Le manque de vocabulaire rend également impossible toute formulation de nouvelles idées. (facebook, twitter)

A l’instar de l’économie de marché, on éliminerait les mots espoir, attente, capacité, aptitude, don, prometteur, encourageant, favorable, pour les remplacer par « potentiel ».

On pousserait le raffinement un peu plus loin, en transformant le « négatif en positif ». Ainsi, la récession devient « croissance négative », la baisse des salaires devient « dévaluation compétitive », l’austérité devient « plan de relance », les licenciements sont dorénavant des « restructurations », et les fermetures d’usines sont appelés « délocalisations ».

L’objectif originel de l‘entreprise, la fabrication de produits ou prestations de services, dont le but est d’améliorer la qualité de vie des citoyens, ou plus vulgairement des consommateurs, devient de plus en plus caduc, grâce au progrès. La croissance exponentielle des gains de productivité, grâce aux progrès technologiques, dans presque tous les domaines, mais surtout dans le secteur tertiaire, rend de plus en plus obsolète cet objectif initial.

Il faut donc que l’entreprise se trouve une autre raison d’être. Le pouvoir politique, ou plus précisément, le pouvoir de la redistribution des richesses.

Elles, les entreprises, pourraient aisément redistribuer plus équitablement leurs gains de productivité, en baissant le temps de travail et en augmentant les salaires. Elles ne le font pas, parce qu’elle veulent consolider leur position de pouvoir. Cela n’a donc plus rien d’économique, c’est devenu politique.

Certes, probablement près de 90% de l’économie de n’importe quel pays est assumée par les PME (petites et moyennes entreprises), tributaires de l’économie domestique et du pouvoir d’achat des consommateurs et, par conséquent, des multinationales qui, elles, ne sont pas liées à l’autorité d’un état. Libres comme des oiseaux, elles détiennent réellement le pouvoir, économique et politique, car elles échappent à leur responsabilité sociale. Pour cimenter ce pouvoir et pour l’ancrer dans la conscience collective, elles se servent de la « novlangue », à l’instar du pouvoir communiste dans le roman de George Orwell.

En prenant exemple sur les religions, elles font du prosélytisme de leur idéologie néolibérale en l’enseignant dans les grandes écoles de gestion et de management depuis près de quarante ans.

L’outil de marketing dont le pouvoir économique se sert, comme jadis les propagandistes des idéologues politiques, est le langage publicitaire, langage dont le but est de travestir la réalité.

En 2010, deux ans après le quasi effondrement du système financier mondial, la banque « UBS », sauvée de la faillite in extremis par l’état suisse, lance une campagne publicitaire d’un ton quasi religieux, sous le titre « Nous n’aurons pas de répit ». Elle prêche : « Tant de choses ont changé et nous avons changé tant de choses. Nous mettrons de nouveaux standards car nous tenons à nos clients en Suisse. Nous voulons réévaluer notre passé et envisager l’avenir avec optimisme. Nous voulons convaincre, sans tergiverser, car nos clients nous importent. Nous n’aurons pas de répit jusqu’à ce que vous soyez persuadés d’avoir le bon partenaire. »

Une année plus tard, en 2011, éclate le scandale du bouc émissaire ou trader ou spéculateur professionnel, Kweku Adoboli, qui fait perdre à l’UBS la somme de 2,3 mia USD.

La raison d’être de la banque pour l’économie est obsolète depuis longtemps. La banque, elle le sait. Elle ne gagne plus d’argent avec ses services. Elle gagne de l’argent avec de l’argent et pour consolider sa position privilégiée de créateur d’argent, elle utilise l’outil de la propagande. Elle n’est pas la seule.

Le secteur bancaire suisse occupe 200'000 employés ou 6% de la main d’œuvre. Probablement, la moitié de ces employés sont improductifs, voire coûtent de l’argent à leur employeur, peut-être un peu moins. Ce n’est pas très grave, puisque la banque détient le quasi monopole de la création monétaire. Le gonflement du secteur des services n’est pas un phénomène bancaire uniquement cela vaut pour l’ensemble des multinationales des services, telles que les assurances, le domaine du consulting, l’audit, la gestion de fortune, tous profitent d’un système qui s’auto alimente. En d’autres termes, plus prosaïques, « Ils brassent de l’air ».

Pour l’économie dans son ensemble en revanche c’est un gaspillage de ressources, car un nombre incalculable de personnes hautement qualifiées, formées dans les meilleures universités nourrissent ce système et perdent leur temps au lieu de dédier leurs capacités aux vrais défis de la société et par conséquent au service de la collectivité. Je pense à la transition énergétique, la création d’un nouveau système financier ou l’allocation plus efficace des ressources financières, la recherche.

Pour changer un système il faut d’abord le comprendre

13:15 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

14/08/2016

Privatiser l’eau, l’air, la santé et l’argent ?

L’état c’est moi affirma Louis XIV, le roi soleil, aujourd’hui remplacé par le pouvoir économique. Mais, qu’est-ce que c’est que ce pouvoir économique ? Une entité abstraite et insaisissable ? Non, des hommes et des femmes en chair et en os, des citoyens, taxables et justiciables.

Quand l’ancien patron de Nestlé, un citoyen de son pays lui aussi, estime que, pour une meilleure gestion des ressources, l’eau potable doit avoir un prix économique, c’est un simple citoyen qui s'exprime, citoyen dont l'opinion vaut celle de n'importe qui d'autre.

La raison d’être de l’économie est la maximisation du profit et celle de la politique l’intérêt public. C’est très bien ainsi. Il ne faut pas mélanger les deux.

Derrière le souci philanthrope de Nestlé se cache une quête, vieille comme le monde, la quête du pouvoir, habilement dissimulée derrière une ruse, celle de la mission désintéressée de la gestion de l’eau par Nestlé pour le bien de l’humanité, un mélange des genres dangereux que nous connaissons dans de nombreux autres domaines, santé, service public, éducation.

Le droit de polluer, ou taxe carbone, une invention des adeptes du libre marché, bien ficelée, est vendue aux principaux chefs d’états de la planète et avalisée, avec le protocole de Kyoto, en 1997. L’objectif est louable, la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le principe est simple. Les entreprises qui polluent peu ont le droit de monnayer leur « droit de polluer » en le vendant à des entreprises qui polluent beaucoup. La sacro-sainte incitation pécuniaire, si chère aux réformes sociales et au libre marché, à l’instar de la réforme Hartz IV en Allemagne qui a permis la création des emplois à 1 euro l’heure ou le crédit impôt compétitivité, le CICE, à la faveur des entreprises du CAC 40, qui a coûté la somme de 45 mia EUR à l’état français. Crédit impôt, faut-il le rappeler, instauré pour inciter les entreprises à créer des emplois. Un vœu pieux, et les actionnaires sont aux anges.

Pour revenir à la taxe carbone. La crédulité des pouvoirs publiques face à l’omnipotence d’une logique mercantile a mené à la casse du siècle (Mediapart), la fraude au Co2. Il se trouve que les droits de polluer sont négociés, comme des actions, à travers la bourse du carbone « Europeen Union Emissions Trading Scheme », fondée en 2005. Seulement, dans certains pays, européens, ces droits sont sujets à la TVA, dans d’autres pas. Ainsi des petits malins ont trouvé un truc, pour acheter, à travers des sociétés « offshore », encore elles, des droits hors TVA pour les revendre avec TVA, faisant disparaître les profits dans des comptes, détenus par des sociétés « offshore », décidément. Les pouvoirs publics regrettent et le procès est en cours.

La confiance au libre marché a coûté à l’Union Européenne la somme de 5 mia EU et 1,8 mia EU à l’état français.

En ce qui concerne le marché de la santé, là c’est la sacro-sainte compétition qui sauve le système. Ainsi, les assureurs se battent férocement contre la concurrence pour gagner les faveurs des clients dans le « libre marché » sans intervention de l’état. Ceci pour la théorie.

Quand des prestations, telle que l’assurance maladie, sont obligatoires, le client n’a pas le choix. Quand le vendeur de chaussures essaie de vendre ses chaussures, le client a le choix. La compagnie d’assurances, soumise aux règles de l’économie de marché, la maximisation du profit, reçoit, à l’instar de l’industrie pharmaceutique, de la collectivité une denrée dont le marchand de chaussures ne peut que rêver, des clients, forcés d’acheter, ou, dans notre cas contracter une police d’assurance ou consommer des médicaments. Certes, les conditions sont réglées par le législateur et l’assureur n’est pas censé faire du bénéfice avec la LAMAL. Faisons-lui donc confiance !

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, l’argent est un bien public, à l’instar de l’eau et de l’air. Ce n’est pas l’avis de Jens Weidmann, président de la Bundesbank, membre du système des banques centrales européennes.

Ainsi il déclare, lors d’une interview avec le quotidien allemand « Die Zeit », que la création monétaire doit s’éloigner encore davantage de l’influence des pouvoirs publics. Voilà l’affirmation d’un émissaire du gotha de la finance qui n’a décidément rien appris de la crise de 2008. C’est comme avec la religion, on n’en change pas.

Ceux qui s’intéressent un peu aux rubriques économiques de la presse, ont pu constater récemment que nous sommes, une fois de plus, à l’aube d’une crise financière majeure. On commence à avoir l’habitude.

Ainsi, les banques italiennes ne sont pas solides, il paraît. Monsieur Weidmann, exclue cette fois toute intervention de l’état pour sauver les banques. Les investisseurs devront boire la tasse. Les investisseurs ? Il est impossible, en tant que citoyen de notre système capitaliste de fonctionner sans avoir un compte bancaire. Donc, nous sommes tous des investisseurs, protégés à hauteur de CHF 100'000 par tête, par l’état, et pour le reste…

Chaque citoyen est donc invité à évaluer la solidité de sa banque avant d’ouvrir un compte. C’est le libre marché. Quand on nous tient par la barbichette.

L’économie européenne stagne, les taux de chômage sont à leur apogée et les indices boursiers, qui ne reflètent plus la réalité économique, battent des records. Des sommes astronomiques continuent à chasser des sommes astronomiques dans un circuit fermé, gardant artificiellement l'hyperinflation sous vide. Un jeu à somme nulle, car l’argent ne rentre pas dans l’économie réelle, car les décisions d’investissement sont prises par des individus, dont le pouvoir échappe à l’intérêt public. La création monétaire continue à être une affaire privée.

La semaine passée, le sénateur démocrate américain Barney Frank était l’invité de l’émission politique « Real Time with Bill Maher » du célèbre animateur de télévision du même nom, Pour mémoire, le sénateur Frank est à l’origine de la réforme bancaire de l’administration Obama, la « Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act », une version archi-édulcorée d’une mini-réforme bancaire, fabriquée en réponse à la crise financière de 2008 et censée rassurer les marchés financiers, mais, surtout, les banques. Pour la petite histoire, Barney Frank avait vigoureusement saboté la campagne électorale du sénateur Sanders, ardent défenseur de la réintroduction du « Glass-Steagall Act », la bête noire de l’industrie.

Le passage intéressant de l’émission commence avec l’évocation des discours, grassement rémunérés, tenus devant des parterres de la finance new yorkaise par la candidate Hillary Clinton. Voilà ce que dit le sénateur Frank à ce sujet : Elle (Hillary Clinton) tient des discours à Wall Street. Oû est le problème ? Moi, je le fais aussi. Bill Maher, ébahi par la confession : Vous, le concepteur de la régulation bancaire « Dodd Frank », vous vous faites payer par Wall Street ? Bien, sûr répond Barney Frank. Ils me payent parce que je suis une personne intéressante. Jamais cela m’influencerait dans mes prises de décision politiques…

Quand le pouvoir pécuniaire se transforme en pouvoir politique ça devient dangereux.

16:13 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |