01/12/2016

Ce peuple rétrograde et gâté

Le peuple suisse, ou plutôt les 45% qui ont daigné voter, a, une fois de plus, « obéi » contre son propre intérêt, ce week-end.

Il a préféré ménager son porte-monnaie, plutôt que de fixer un délai contraignant pour la sortie de son pays de l’énergie nucléaire. Le gouvernement peut donc continuer à méditer sur la date de l’arrêt, hypothétique, de la plus vieille centrale nucléaire en activité au monde.

Le conseiller aux Etats Ruedi Noser (PLR) membre du « Comité des Patrons contre l’Initiative sur la Sortie contraignante de l’Energie nucléaire » exulte. Supporteur de la fondation « Energy for Humanity » (ça sonne bien) il défend l’énergie nucléaire qu’il souhaite « inclure dans un mix idéal des énergies « propres » pour l’approvisionnement du pays ».

La fondation, philanthrope et sans but lucratif, « Energy for Humanity », propose, sur son site internet « une voie pour l’environnement ». Celui qui chercherait à savoir davantage, sur d’éventuelles propositions au sujet du stockage des déchets nucléaires, cherche en vain. Il trouve quelques explications, en revanche, sur le site internet de la fondation SES (Schweizerische Energie-Stiftung) sous le titre « Les déchets nucléaires, a never-ending story ».

« Après 45 ans de recherches intenses dans le domaine de l’élimination des déchets nucléaires, de nombreux problèmes persistent. Ainsi, on ne connaît pas les effets à long terme des radiations sur les matériaux des récipients, ni sur la roche environnante. En outre, il n’est pas clair de quelle façon les 33'000 générations suivantes connaîtront les emplacements pour éviter que des forages imprudents endommageront les fûts. »

Mais, les suisses, dans leur majorité, semblent être d’accord avec Monsieur Noser et l’industrie du nucléaire.

Aux Etats-Unis, les choses sont différentes. La démocratie n’y existe plus depuis quelque temps déjà, donc, les citoyens sont obligés de trouver d’autres moyens que le scrutin pour faire valoir leurs droits, en matière environnementale notamment.

Dernier exemple en date, la « Dakota-Access-Pipeline ». Le projet, un oléoduc de 1'886 km, censé transporter 500'000 barils de pétrole par jour, extraits des champs pétrolifères du Dakota du Nord, par la méthode décriée de la fracturation hydraulique (fracking), jusqu’à Pakota dans l’Illinois. Coût du projet, à 60% terminé, du consortium « Energy Transfer Partners »: 3,8 mia USD.

La pipeline passera par 50 comtés dans 4 états et traversera, notamment, des terres tribales indigènes et des sites sacrés, mais aussi des zones naturelles sensibles, des communautés locales, des terres agricoles et, par deux fois, la rivière Missouri, source d’eau potable majeure pour toute la région. Pour la petite histoire, le consortium « Energy Transfer Partners » est particulièrement connu pour ses antécédents en matière de fuites de pétrole pour avoir dû annoncer 200 cas les derniers 6 ans. (Reuters), plus que tous ses concurrents.

Depuis le 10 août de cette année, plus de 300 tribus indiennes (Apache, Sioux, Cheyenne) le plus grand rassemblement des peuples autochtones de tous les temps, occupent le site de « Standing Rock » pour empêcher le consortium de creuser sous la rivière « Missouri », avec le soutient notable de l’ancien candidat à la présidentielle, le sénateur Bernie Sanders, les actrices Susan Sarandon, Jane Fonda et Shaileen Woodley, d’une multitude d’ONG, tels que Greenpeace, Sierra Club, Bold Iowa, Bold Nebraska, Bold Louisiana. (Source: le site internet d’information gratuit « investig’action », un collectif de journalistes, défendant l’information indépendante)

Ils se font attaquer par des chiens de la police locale et du service de sécurité et asperger d’eau glacée et de bombes lacrimogènes, Des centaines de poursuites contre des journalistes ont été intentées, notamment contre Amy Goodman, la fondatrice du site d’information sur internet « Democracy Now », la première à avoir diffusé le sujet sur sa plateforme.

Des centaines d’appels de citoyens, solidaires avec les manifestants, occupent actuellement les centrales d’appels des bureaux des sheriffs pour faire connaître leur désapprobation d’une intervention policière. De nombreux sheriffs ont, de ce fait, déjà refusé de se déplacer sur le site.

Les médias américains ne se précipitent pas sur le sujet. Ils préfèrent montrer Barack Obama en train de découper sa dinde de « Thanksgiving ». C’est plus vendeur.

Pourtant, l’histoire commence à faire des vagues et risque de pourrir le « fin de mandat » du président. Mais, il l’a cherché. Après le scandale de l’eau, contaminée par le plomb, de la ville de Flint (Michigan), un thème majeur de la campagne présidentielle, et son indifférence face à la population désoeuvrée, il s’était contenté de se montrer lors d’une visite éclaire devant les caméras, buvant un verre d’eau en déclarant : Tout va bien !, le prochain scandale environnemental se dessine.

Pourtant, Mr. Obama ne daigne pas intervenir dans ce cas non plus, jusqu’ici, or, sur recommandation du « Corps des Ingénieurs de l’Armée », le « Département de Justice » a formellement interdit au consortium de creuser sous la rivière Missouri. Il a sommé l’entreprise de respecter le droit des indiens à leur terre. La réponse du consortium, « We will drill !»

A l’instar de Ruedi Noser, notre conseiller aux Etats à nous, qui promet, qu’après 40 ans de recherche, la science trouvera sans doute un jour une solution pour le stockage des déchets nucléaires, le directeur du consortium « Energy Transfer Partners », Kelcy Warren, déclare à la chaine de télévision PBS, qu’il fera tout ce qui sera dans son pouvoir pour éviter des fuites de pétrole (youtube).

Affaire à suivre.

11:01 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

21/11/2016

Thank you Mr. President

Le « encore » président des Etats-Unis, Barack Obama, fait sa tournée d’adieu en Europe, sous les applaudissements enthousiastes de ses fans. C’est vrai, il a de l’allure, une mixture entre Sidney Poitier et Michael Jordan. En tout cas, il plaît au public et aux médias. Ses discours ressemblent tellement à ceux d’Angela Merkel, François Holland, David Cameron qu’il fait partie de la famille européenne, en quelque sorte, et, sans rancune.

Lors d’une conférence de presse commune avec la chancelière Angela Merkel, qui, et ce n’est pas une plaisanterie, cherche un quatrième mandat, Mr. President a fourni un échantillon majestueux de langue de bois et la presse dans la salle prend des notes avec son assiduité et obéissance coutumière.

Mr. President lance un appel aux jeunes: « Nous vivons une époque paisible et stable, du moins dans les pays « avancés » (vraiment ?) et notre standard de vie s’est grandement amélioré. Toutefois, il y a une croyance, largement répandue dans la population, qui considère que cette tendance continuera éternellement. Notre système démocratique et notre standard de vie ne sont pas garantis et quand seulement 43% des électeurs se déplacent aux urnes, la démocratie est en danger. »

Mr. President fait référence à la démocratie américaine, qui n’est pas une démocratie mais une ploutocratie, et le manque d’enthousiasme des électeurs pour l’élection présidentielle de 2016 est facile à expliquer.

« The Intercept » le magazine online américain publie un article sous le titre « Commander in Chief Donald Trump will have terrifying powers - thanks to Barack Obama. »

Au mépris de ses promesses électorales, le président Obama n’a non seulement poursuivi la loi d’exception, instaurée par George Bush jun. après les attaques contre le World Trade Center, il l’a considérablement renforcée durant ses huit ans au pouvoir.

Mettant, de facto, fin à la séparation des pouvoirs, un principe inaliénable d’un état de droit, le président est dorénavant autorisé, à la barbe des tribunaux, d’emprisonner, ad aeternam, sans procès ni acte d’accusation tout citoyen américain, ou étranger, soupçonné d’acte de terrorisme ou activité contre l’état, au mépris du principe de base du droit anglo-saxon, le « habeas corpus ». Sont considérés ennemi d’état les terroristes et les journalistes, qui commettent un délit d’opinion, un choc pour la liberté de la presse.

Dans le cas d’une surveillance illicite par l’état, les citoyens ne peuvent dorénavant saisir les tribunaux uniquement s’ils sont en mesure de prouver le méfait commis par l’état au préalable.

Le nouveau président élu, Donald Trump, a promis de créer une « force de déportation » qui s’occupera de l’expulsion des immigrants illégaux. Ce ne sera pas nécessaire, car elle existe déjà. Des centaines de milliers d’immigrants sont actuellement détenus dans de nombreux centres, un peu partout à travers le pays, dans l’attente de leur expulsion. 2,5 million de personnes ont déjà été déportés sous l’administration Obama, plus que sous n’importe quelle administration précédente.

Le camp de prisonniers de Guatanamo héberge actuellement encore 60 détenus. En vertu des pouvoirs qui lui seront conférés par son prédécesseur, « Donny Tiny-Hands » ne se privera pas d’augmenter sa population rapidement.

Lors de sa tournée d’adieu, depuis la capitale péruvienne, Lima, Mr. President a tenté de rassurer le monde. « Laissez une chance à mon successeur. Il sera important que le monde ne porte pas de jugement hâtif, mais laisse une chance au président élu. On ne gouverne pas toujours comme on a fait campagne. » C'est tellement vrai.

11:17 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

15/11/2016

Révélation tardive

De retour d’une mission aux Etats-Unis en tant qu’observateur électoral, le président du parti socialiste suisse, Christian Levrat, a pris une décision. Il veut administrer une thérapie de choc à son parti, un programme du nom évocateur « l’économie démocratique », programme qui devra être adopté par les camarades le 1er décembre prochain. On dit que les voyages forment la jeunesse. En tout cas, le choc fut salutaire.

Sans doute a-t-il appris que 70% des américains gagnent moins que 50'000 USD par année.

Pas moins que 24 revendications sur le thème de l’économie sont au menu. Enfin le PS Suisse s’intéresse à l’économie. Il faut dire, à sa défense, qu’il ne s’est jamais vendu au néolibéralisme, contrairement à ses confrères européens, et qu’il dispose de ce fait d’un capital de sympathie et crédibilité plus important. Quelques ambiguïtés restent à clarifier toutefois.

Une revendication clé du manifeste est l’extension du service public dans de nouveaux domaines, tels que les services financiers, les comptes salaires et le comptes d’épargne. Ces services ne devraient être proposés, selon les PS Suisse, par des instituts financiers de droit public ou par des coopératives seulement. Justement, à propos service public.

Cette revendication ne manque pas de piquant car, pas plus tard que le 5 juin dernier, le peuple suisse a refusé l’initiative « pro service public » avec les recommandations notables du PS Suisse. L’initiative prévoyait l’attribution des bénéfices de la poste et des CFF au seul développement des services et non à la distribution sous forme de dividendes aux actionnaires, dont la Confédération Suisse. Ceci pour éviter de créer un impôt déguisé supplémentaire.

La nouvelle directrice de la Poste Susanne Ruoff a reçu le message cinq sur cinq. Ainsi, elle vient d’annoncer la suppression de 600 bureaux de poste et de 1'200 licenciements d’ici 2020, un record européen.

La vente de chewing-gums et poupées Barbie dans les bureaux de poste peut donc continuer. Mais le géant jaune ne s’arrêtera pas en si bon chemin il compte bel et bien investir les surfaces de vente des pharmacies, réceptions d’hôtel et maisons de retraite pour proposer ses services. Le but, à peine dissimulé, étant de profiter d’une main d’œuvre plus docile et moins rémunérée. D’après Madame Ruoff, ce seraient les clients, exigeants, qui forceraient la direction de la Poste à prendre ces mesures audacieuses. Des clients ou des citoyens ? Quand s’arrêtera ce mélange malsain entre les intérêts privés et les intérêts publics.

Il faut que le PS Suisse clarifie également sa position sur le rôle de l’état dans le domaine de l’éducation. Il se trouve que, par exemple, d’éminents figures du parti, tel la candidate du PS pour le poste de maire de Berne, Ursula Wyss, préfèrent envoyer leur progéniture dans des écoles privées, écoles primaires entendons-nous bien. On pense inévitablement à Tony Blair, son fils Euan et « New Labour ».

Qu’en est-il du domaine de la santé, où « l’alliance contre-nature » avec les assureurs et l’industrie pharmaceutique a produit une augmentation des primes d’assurance maladie obligatoire de 215% depuis son instauration en 1996 et où les citoyens payent, pour leurs médicaments, le double de ce que payent les européens.

Qu’en est-il du domaine des transports, où le coût du billet de train continue à dépasser largement le coût de la voiture, selon Monsieur Prix, Stefan Meierhans.

Il va falloir une bonne dose de pédagogie au PS Suisse pour faire passer son message, car, en matière d’économie l’attachement au statut-quo reste inébranlable. Est-ce que les camarades auront la force de persuasion pour faire comprendre aux électeur que non, la facture d’une réforme en profondeur de l’économie ne sera pas à la charge de la classe moyenne cette fois.

15:25 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |